Pourquoi le départ de Xabi Alonzo ne va rien arranger à la situation du Real Madrid ?

Si le timing est étonnant, la décision était prévisible. Xabi Alonso vivait ses derniers matchs à Madrid tel un funambule dont la chute semblait inévitable. Malgré sa connaissance de la Maison Blanche, l’ancien milieu de terrain espagnol ne pensait sans doute pas connaître un mandat aussi court à la tête de son ancien club. Arrivé au Real Madrid pour le Mondial des clubs après une expérience particulièrement réussie au Bayer Leverkusen, Xabi Alonso suscitait de grandes attentes. Sa nomination devait symboliser une rupture avec le style de Carlo Ancelotti et impulser une nouvelle dynamique. Huit mois plus tard, la révolution promise n’a pas eu lieu. Un échec qui semble difficilement imputable au seul entraîneur espagnol. La responsabilité incombe davantage à une direction, Florentino Pérez en tête, qui peine à construire un projet sportif cohérent et semble parfois davantage préoccupée par les enjeux marketing et économiques. Le départ de Xabi Alonso ne devrait donc pas régler les problèmes du Real Madrid. Au contraire, plusieurs signaux laissent penser que le club merengue se dirige vers une saison blanche.


Un milieu de terrain qui n’a jamais réellement remplacé Kroos, Casemiro et Modric

Le Real Madrid a construit une partie de ses plus grands succès autour de deux trios légendaires : la BBC (Benzema, Bale, Cristiano Ronaldo) en attaque et le trio Kroos, Modric, Casemiro au milieu de terrain. Avec le départ de Luka Modric au Milan AC lors du mercato estival, cette saison marque la première véritable page de l’après-Kroos-Modric-Casemiro. Les dirigeants madrilènes avaient pourtant anticipé cette transition en misant notamment sur Aurélien Tchouaméni, Eduardo Camavinga et Federico Valverde. Si Tchouaméni s’est progressivement imposé, Valverde a souvent été utilisé à différents postes, notamment comme arrière droit, sans devenir pour autant un véritable patron du milieu. Quant à Camavinga, son évolution reste plus difficile à lire, entre blessures et prestations parfois peu convaincantes. Le milieu de terrain actuel du Real Madrid paraît ainsi à des années-lumière de celui qui dominait l’Europe quelques années auparavant.

Ce déclassement ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’entrejeu. La défense souffre elle aussi de l’absence de véritables successeurs aux cadres de la grande époque. Marcelo n’a jamais réellement été remplacé sur le côté gauche tandis que Dani Carvajal, longtemps incontournable à droite, semble désormais confronté au poids des années et aux blessures. Trent Alexander-Arnold devait incarner la relève, mais l’international anglais semble encore avoir besoin de temps pour s’adapter à son nouvel environnement et aux exigences du football espagnol. Au centre de la défense, Antonio Rüdiger apparaît comme l’un des rares joueurs à avoir réellement repris le flambeau des grandes années madrilènes, malgré certaines controverses.

Kylian Mbappé, un casse-tête tactique pour le Real Madrid

Karim Benzema a probablement mieux que quiconque analysé les difficultés liées à l’arrivée de Kylian Mbappé au Real Madrid. Dans une interview accordée à L’Équipe, le Ballon d’Or France Football 2022 expliquait que l’attaque madrilène devait retrouver une meilleure complémentarité entre ses principales stars : « Il manque simplement une vraie connexion entre Kylian Mbappé, Vinicius Jr, Jude Bellingham et Rodrygo. Chacun doit connaître son rôle sur le terrain. Bellingham est un milieu offensif, pas le buteur ; Mbappé est le buteur, pas le milieu offensif ; Vinicius n’est pas un milieu défensif, mais un ailier gauche. Quand chacun saura exactement ce qu’il doit faire, le problème sera résolu. » Le départ de Xabi Alonso montre malheureusement que ce problème n’a toujours pas été réglé.

Une question se pose alors : pourquoi avoir bouleversé un secteur offensif qui fonctionnait déjà ? Le recrutement de Mbappé ressemble, à bien des égards, à un recrutement estampillé Florentino Pérez : attirer la plus grande star disponible, quitte à devoir ensuite repenser l’équilibre de l’équipe. Faire venir Mbappé alors que Vinicius occupait déjà le même espace sur le terrain n’était pas nécessairement une priorité sportive. La comparaison avec le recrutement de David Beckham à l’époque des Galactiques, alors que Luis Figo évoluait déjà dans le secteur, peut être faite. L’arrivée du Français ne constitue pas seulement un renfort offensif : elle oblige également le Real Madrid à réorganiser son animation offensive et à gérer la cohabitation de plusieurs joueurs habitués à occuper une place centrale dans le projet.

Une guerre des ego difficile à éviter au Real Madrid

Personne ne se trouve à l’intérieur du vestiaire madrilène et il serait donc hasardeux d’affirmer l’existence de tensions ou de rivalités entre les joueurs. Il serait toutefois tout aussi naïf de penser qu’un effectif composé d’autant de stars peut rester parfaitement équilibré lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous. La complémentarité entre Vinicius, Mbappé et Jude Bellingham ne saute pas toujours aux yeux et leur association peut parfois davantage donner l’impression d’un affrontement de statuts que d’une véritable harmonie collective.

Bellingham peine notamment à retrouver le niveau affiché la saison précédente et son influence offensive semble avoir diminué. Rodrygo peut également légitimement considérer qu’il a perdu une place importante dans la hiérarchie depuis l’arrivée de Mbappé. De son côté, Endrick a choisi de partir chercher du temps de jeu à Lyon. Dans une époque où le football est de plus en plus analysé à travers les statistiques individuelles, les buts, les passes décisives et les séquences de highlights, faire cohabiter autant de joueurs à forte personnalité constitue un exercice particulièrement délicat. L’ego fait partie intégrante du très haut niveau : il est souvent nécessaire pour atteindre les sommets, mais il doit être pris en compte dans la construction d’un effectif.

Florentino Pérez n’a pourtant jamais semblé particulièrement préoccupé par cette dimension. Sa vision du Real Madrid repose historiquement sur l’accumulation des stars, avec une dimension sportive évidemment importante mais aussi une puissante logique d’image et de marketing. L’histoire des Galactiques aurait pourtant dû servir de leçon. À Madrid, les grands noms ne suffisent pas toujours à créer une grande équipe.

Xabi Alonso, un entraîneur isolé et sans véritable soutien de sa direction

Xabi Alonso avait-il suffisamment mesuré les risques avant de prendre les commandes du Real Madrid ? Avait-il obtenu des garanties concernant le recrutement et la construction de son effectif ? Difficile de répondre à ces questions. Ce qui est certain, c’est qu’après des débuts prometteurs et la volonté d’imposer rapidement un nouveau style de jeu, l’entraîneur espagnol a progressivement semblé subir les événements. Les tâtonnements tactiques, les changements fréquents de système et les rotations dans le onze de départ ont contribué à fragiliser la relation entre le technicien et son groupe.

La gestion du cas Vinicius illustre notamment les difficultés rencontrées par Xabi Alonso. Le traitement réservé à certains autres joueurs a également pu surprendre, notamment après le Mondial des clubs, tandis qu’Arda Güler, pourtant en pleine progression en début de saison, a ensuite vu son temps de jeu diminuer. Le style de Xabi Alonso était-il réellement compatible avec les exigences du Real Madrid ? Impossible désormais de le savoir. L’entraîneur n’aura pas eu le temps nécessaire pour imposer durablement ses idées.

Une chose semble en revanche plus évidente : le soutien de ses dirigeants n’a jamais été particulièrement visible. C’est une constante de la présidence de Florentino Pérez : plusieurs entraîneurs ont été exposés en première ligne avant de quitter le club après des passages relativement courts. José Antonio Camacho, Vanderlei Luxemburgo, Julen Lopetegui et désormais Xabi Alonso rejoignent ainsi la longue liste des techniciens qui n’ont pas réussi à s’inscrire dans la durée sous la présidence de Pérez. Alvaro Arbeloa, désormais chargé de reprendre l’équipe, devra donc relever un défi considérable.

Alvaro Arbeloa face à un immense défi

Pour se rassurer, le nouvel entraîneur du Real Madrid peut toujours se rappeler que le dernier technicien passé de la Castilla à l’équipe première est un certain Zinédine Zidane. Le Français avait connu une réussite exceptionnelle après sa promotion et remporté trois Ligues des champions consécutives. Mais cette fois, il est difficile d’imaginer le Real Madrid comme le grand favori des principaux trophées cette saison.

Sur le plan comptable, la situation n’est pourtant pas catastrophique : le Real Madrid occupe la deuxième place de la Liga, à quatre points du FC Barcelone, et figure en septième position en Ligue des champions. Mais les chiffres ne suffisent pas à masquer les problèmes structurels du club. Entre un effectif composé de plusieurs joueurs omnipotents, un équilibre tactique toujours fragile et une direction davantage focalisée sur les enjeux de pouvoir, d’image et de recrutement que sur la construction d’un projet sportif à long terme, Alvaro Arbeloa aura fort à faire pour redresser la situation. C’est tout le mal qu’on lui souhaite, même si, à ce stade, il est difficile de croire que le changement d’entraîneur suffira à remettre le Real Madrid sur les rails.


Et vous, qu’en pensez-vous ? Le départ de Xabi Alonso était-il réellement la solution pour relancer le Real Madrid ? Le problème vient-il de l’entraîneur ou, plus profondément, de la politique sportive menée par Florentino Pérez ? Et surtout, pensez-vous que le Real Madrid peut encore décrocher un trophée majeur cette saison ? Donnez-nous votre avis dans les commentaires et dites-nous ce que vous changeriez en priorité dans l’effectif madrilène.

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