Brahim Diaz et ces penalties qui ont marqué l’histoire du football

 

Brahim Diaz est l’un des héros malheureux de la CAN 2025. Le joueur marocain a terminé la compétition avec le statut de meilleur buteur, grâce à ses cinq réalisations, mais son nom restera également associé au penalty manqué en finale face au Sénégal. La compétition, disputée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, aura donc laissé au joueur du Real Madrid un souvenir forcément contrasté.

Le 18 janvier 2026, alors que le Maroc et le Sénégal sont toujours à égalité 0-0, Brahim Diaz s’avance pour tirer un penalty à la 90e+5 minute. Le joueur du Real Madrid tente une panenka, mais son geste ne trompe pas Edouard Mendy. Le Sénégal profite ensuite de la prolongation pour inscrire l’unique but de la rencontre par l’intermédiaire de Pape Gueye à la 94e minute. Sur le terrain, les Lions de la Teranga s’imposent donc 1-0 et remportent la CAN 2025.

La situation de Brahim Diaz à la fin de ce tournoi résume à elle seule les hauts et les bas inhérents à toute carrière de footballeur. D’un côté, le Marocain termine meilleur buteur de la compétition. De l’autre, il devient malgré lui le visage d’un penalty manqué dans les dernières secondes d’une finale de Coupe d’Afrique des nations.

Dans son malheur, Brahim Diaz peut toutefois se rassurer : il n’est ni le premier ni le dernier grand joueur à manquer un penalty dans un moment décisif. Son « tort » est simplement d’avoir raté le sien au pire moment possible. Là où il pouvait donner la victoire à son équipe, il a finalement laissé le Sénégal conserver ses chances avant de prendre l’avantage en prolongation.

Mais ce serait mal connaître le football que de tenir Brahim Diaz responsable, à lui seul, de cette défaite. Le football est un sport collectif où l’on gagne et où l’on perd ensemble. Ce que vit actuellement Brahim Diaz, d’autres joueurs l’ont déjà traversé, dans des proportions diverses et variées. Retour sur ces penalties ratés qui ont marqué l’histoire du football.


Reynald Pedros : le penalty qui élimine la France à l’Euro 1996

L’Euro 1996 est souvent présenté comme l’une des premières grandes étapes de la reconstruction de l’équipe de France sous la direction d’Aimé Jacquet. Les Bleus atteignent les demi-finales et affrontent la République tchèque à Old Trafford. Après 120 minutes sans but, les deux équipes doivent se départager aux tirs au but.

Les cinq premiers tireurs français réussissent leur tentative : Zinédine Zidane, Youri Djorkaeff, Bixente Lizarazu, Vincent Guérin et Laurent Blanc trouvent tous le chemin des filets. Côté tchèque, les cinq premiers tireurs ne tremblent pas non plus. Le score est donc de 5-5 lorsque Reynald Pedros s’avance pour tirer le sixième penalty français.

Malheureusement pour lui, Petr Kouba repousse sa tentative. Le gardien tchèque devient le héros de la soirée et la République tchèque se qualifie finalement pour la finale en remportant la séance 6-5.

Pedros restera longtemps associé à ce penalty manqué. Pourtant, l’ancien joueur nantais a toujours assumé son erreur avec beaucoup de lucidité. Dans une interview accordée à Sport.fr, il reviendra notamment sur cette fameuse tentative :

« C’est un penalty loupé. Je ne l’ai pas très bien tiré. Derrière, c’est le couperet, parce que si l’adversaire marque c’est fini (…) J’espérais que celui de derrière allait le louper aussi. »

Une phrase qui résume parfaitement la cruauté d’une séance de tirs au but. Après avoir raté son penalty, Pedros ne peut plus rien faire. Il doit attendre et espérer que le joueur tchèque qui lui succède connaisse le même sort. Mais Kadlec marque et la France est éliminée.

Pedros ira même plus loin dans son introspection : « Si on s’était qualifiés pour la finale, je pense qu’on aurait pu la gagner. » Une réflexion évidemment impossible à vérifier. Et pourtant, elle pose une question intéressante : que serait devenue l’équipe de France si elle avait remporté cet Euro 1996 ? Aurait-elle abordé la Coupe du monde 1998 de la même manière ? La victoire française aurait-elle été aussi forte quelques mois plus tard ? Les adversaires auraient-ils perçu les Bleus de la même façon ? Impossible de le savoir.

Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le penalty manqué par Pedros n’a pas empêché cette génération de connaître, deux ans plus tard, le plus grand succès de son histoire.

David Beckham : le penalty qui aurait pu changer France-Angleterre à l’Euro 2004

Euro 2004 : vous vous souvenez ? La victoire surprise de la Grèce, le Portugal privé du titre à domicile… Pour la France, ce tournoi évoque surtout un match complètement fou face à l’Angleterre. Les Anglais mènent 1-0 et semblent se diriger vers une victoire importante.

À la 73e minute, Wayne Rooney obtient un penalty après une faute de Mikaël Silvestre. David Beckham s’avance alors face à Fabien Barthez avec l’occasion de faire le break. Mais le gardien français repousse la tentative.

Ce qui semblait être le tournant du match devient finalement le début d’un incroyable retournement de situation. Dans le temps additionnel, Zinédine Zidane inscrit d’abord un coup franc avant de transformer un penalty quelques secondes plus tard. La France renverse l’Angleterre et s’impose finalement 2-1.

Le penalty de Beckham aurait donc pu changer complètement le scénario de cette rencontre. Après le match, Fabien Barthez restera pourtant très modeste lorsqu’il évoquera son arrêt :

« Un penalty, c’est un coup à droite, un coup au centre, un coup à gauche. On donne le maximum à la poussée et puis… voilà. »

Une manière de rappeler qu’un penalty est aussi un duel psychologique. Le tireur peut parfaitement exécuter son geste et tomber malgré tout sur un gardien qui a choisi la bonne direction.

Pour Beckham, cet Euro 2004 restera cependant comme une compétition particulièrement douloureuse. Quelques jours plus tard, il manquera également sa tentative lors de la séance de tirs au but du quart de finale contre le Portugal, remporté par les Portugais. Deux penalties ratés dans la même compétition, mais même cela n’a pas résumé la carrière du milieu anglais.

Luis Figo : le penalty qui fait basculer Juventus-Real Madrid en 2003

L’époque des Galactiques a laissé derrière elle bien des regrets au Real Madrid. Parmi les plus importants figure sans doute la demi-finale de Ligue des champions 2003 contre la Juventus. Après une victoire 2-1 à l’aller, le Real Madrid possède un léger avantage avant de se déplacer à Turin.

Mais le match retour va rapidement tourner au cauchemar. David Trezeguet ouvre le score, Alessandro Del Piero double la mise et la Juventus prend progressivement le dessus. Alors que le Real Madrid est mené 2-0, une occasion énorme se présente pourtant aux Madrilènes : un penalty.

Luis Figo s’avance face à Gianluigi Buffon. Le Portugais a l’occasion de relancer son équipe et de remettre le Real dans la course à la qualification. Mais son tir manque de puissance et Buffon, parti du bon côté, parvient à repousser le ballon.

La chance du Real Madrid vient de passer. Quelques minutes plus tard, Pavel Nedved inscrit le troisième but turinois. Zinédine Zidane réduira bien l’écart en fin de rencontre, mais le Real Madrid s’incline 3-1 et la Juventus se qualifie pour la finale.

Le penalty de Figo est évidemment devenu l’une des images de cette élimination. Mais là encore, peut-on réellement réduire une défaite de cette ampleur à une seule action ? Le football est rarement aussi simple.

Bixente Lizarazu : du penalty raté en 1998 au penalty marqué en finale de Ligue des champions

Le parcours de Bixente Lizarazu est sans doute celui qui devrait le plus rassurer Brahim Diaz. En quart de finale de la Coupe du monde 1998, la France affronte l’Italie au Stade de France. Après 120 minutes sans but, la qualification se joue aux tirs au but.

Lizarazu s’avance et voit sa tentative arrêtée par Gianluca Pagliuca. Le défenseur français vient de manquer son penalty. Mais Fabien Barthez arrête ensuite la tentative de Demetrio Albertini. La France reste donc en vie et finit par remporter la séance 4-3.

Lizarazu aurait pu garder de cette soirée le souvenir d’un immense échec. Pourtant, plusieurs années plus tard, il reviendra avec beaucoup de recul sur cet épisode. Dans l’émission « AS Foot », il expliquera notamment :

« C’est un moment très dur, mais ça n’a pas duré longtemps, car derrière il y a un péno manqué par l’Italie. Donc c’est vrai que je n’ai pas eu le temps de me poser 1 000 questions. »

Son témoignage permet de comprendre ce qui se joue réellement dans la tête d’un tireur. Lizarazu ajoute :

« Lors d’une séance de pénaltys, ce que je dis toujours c’est que, déjà, il y a ceux qui tirent et ceux qui ne tirent pas. Et ça, c’est très important de le dire, car il faut respecter ceux qui prennent la responsabilité de tirer. »

Une réflexion particulièrement intéressante lorsqu’on pense à Brahim Diaz. Car après son penalty manqué en finale de la CAN, le Marocain a évidemment reçu de nombreuses critiques. Mais il faut aussi se souvenir d’une chose : il fallait avoir le courage de prendre le ballon.

Lizarazu insiste d’ailleurs sur la difficulté de l’exercice :

« Si les tirs au but peuvent sembler l’exercice le plus facile, le faire en Coupe du Monde c’est le plus dur des exercices ou un des plus durs. »

Et l’histoire de Lizarazu ne s’arrête pas à son échec contre l’Italie. Trois ans plus tard, il se retrouve à nouveau face à un penalty décisif, cette fois en finale de Ligue des champions avec le Bayern Munich contre Valence. Cette fois, il marque.

Il explique lui-même combien son premier échec avait influencé son deuxième tir :

« Après, c’est rigolo, car trois ans après je me retrouve sur une séance de tirs au but en finale de Ligue des Champions avec le Bayern et je marque en frappant en force, croisé, et pas enveloppé sur le côté. J’ai mis une mine, je vous jure ! Je pensais tellement à ce penalty-là, manqué contre l’Italie, que j’ai mis la plus grosse mine que je pouvais. »

Voilà sans doute la meilleure leçon pour Brahim Diaz. Un penalty raté peut rester dans votre mémoire. Il peut même vous hanter pendant des années. Mais il ne vous empêche pas nécessairement de réussir le suivant.

Lizarazu résume également très bien le courage nécessaire pour prendre cette responsabilité :

« Je faisais partie des cinq mecs pour tirer, alors que les autres regardaient. C’est facile ça… Mais, déjà, il fallait prendre la décision d’être là, de le faire, alors je respecte toujours les tireurs. »

Avant de conclure :

« Platoche a raté, plein de très grands joueurs ont raté un penalty à un moment donné de leur carrière… »

Difficile de trouver meilleur argument pour relativiser le penalty manqué de Brahim Diaz.

Zinédine Zidane : l’art du penalty dans les moments de très haute pression

Si l’on a souvent reproché à Zinédine Zidane ses coups de sang et les cartons rouges qui ont parfois accompagné sa carrière, le Français a paradoxalement toujours donné une impression de maîtrise lorsqu’il s’avançait pour tirer un penalty dans un grand rendez-vous. Son bilan dans les moments importants est impressionnant.

À l’Euro 1996, Zidane transforme son penalty lors de la séance contre la République tchèque, même si la France finira par être éliminée après le tir de Pedros. En 1998, même scénario en quart de finale de la Coupe du monde contre l’Italie : Zidane réussit sa tentative lors de la séance de tirs au but remportée par les Bleus.

Puis arrive l’Euro 2000. En demi-finale contre le Portugal, la France et le Portugal sont à égalité lorsque l’arbitre accorde un penalty aux Bleus après une main d’Abel Xavier. Les joueurs portugais contestent longuement la décision et la pression est maximale. Zidane s’avance pourtant et transforme son penalty. La France se qualifie pour la finale.

Deux ans plus tard, à l’Euro 2004, Zidane devient encore le héros d’une fin de match totalement folle. Alors que la France est menée par l’Angleterre, il inscrit un coup franc dans le temps additionnel avant de transformer quelques secondes plus tard le penalty de la victoire.

Et comment ne pas évoquer enfin la finale de la Coupe du monde 2006 ? Face à l’Italie, Zidane choisit la panenka. Le ballon touche la barre avant de franchir la ligne. Un geste à la fois audacieux et parfaitement maîtrisé.

Évidemment, la perfection n’existe pas. On pourrait rappeler son penalty manqué face à la Chine, lorsqu’il glisse au moment de frapper. Mais ce penalty n’a jamais eu la même portée que ceux qu’il a transformés dans les moments les plus importants de sa carrière.

Et c’est peut-être cela qu’il faut retenir : un grand joueur n’est pas celui qui ne rate jamais. C’est celui qui continue d’oser après avoir raté.

Brahim Diaz peut-il écrire la suite de son histoire ?

C’est finalement la question essentielle. Brahim Diaz va devoir vivre avec cette panenka manquée. Pendant quelques semaines, quelques mois, voire quelques années, cette image lui sera probablement régulièrement rappelée. Mais sa carrière ne s’arrête pas au 18 janvier 2026.

Au contraire, le Marocain sort de cette CAN 2025 avec le titre de meilleur buteur de la compétition et cinq buts au compteur. Il a notamment marqué contre les Comores, le Mali, la Zambie, la Tanzanie et le Cameroun. Réduire son tournoi à son penalty raté serait donc profondément injuste.

Il faut aussi se souvenir que le penalty est un exercice particulier. Celui qui le tire prend une responsabilité que beaucoup de ses coéquipiers n’ont pas à assumer. Lorsque le ballon entre, tout le monde célèbre. Lorsqu’il est arrêté ou envoyé à côté, le tireur devient immédiatement le coupable idéal.

Pourtant, comme l’a rappelé Lizarazu, il faut déjà avoir le courage de se porter volontaire. Brahim Diaz l’a eu.

Le football doit aussi laisser une place au droit à l’erreur

Le football adore les héros. Il adore également désigner des coupables. Un joueur marque dans les dernières secondes d’une finale : il devient une légende. Un joueur rate un penalty dans les dernières secondes : il peut devenir, en quelques minutes, le symbole d’une défaite.

Cette logique est pourtant réductrice. Un match de football ne se joue jamais sur une seule action. La finale de la CAN 2025 en est une parfaite illustration. Le Maroc et le Sénégal se sont livrés un combat de 120 minutes, avant que Pape Gueye ne donne finalement la victoire aux Sénégalais en prolongation.

Brahim Diaz a raté un penalty, mais il n’a pas perdu la finale à lui seul. Et surtout, il ne faut pas oublier tout ce qu’il avait réalisé avant cette action. Il était meilleur buteur de la compétition, avait permis au Maroc d’atteindre la finale et avait accepté de prendre ses responsabilités au moment où son équipe avait besoin de lui.

Alors oui, sa panenka était peut-être trop audacieuse. Oui, on peut estimer qu’il aurait mieux valu frapper fort dans un angle. Oui, on peut comprendre la frustration des supporters marocains. Mais condamner définitivement un joueur pour un seul geste serait oublier tout ce qui fait la beauté et la cruauté du football.

Reynald Pedros a raté en 1996. David Beckham a raté en 2004. Luis Figo a raté en 2003. Bixente Lizarazu a raté en 1998 avant de marquer dans une séance de tirs au but en finale de Ligue des champions trois ans plus tard. Tous ont continué leur carrière et Brahim Diaz aura lui aussi d’autres occasions de réécrire son histoire.

La carrière d’un footballeur est faite de succès, d’échecs, de moments de grâce et de moments de solitude. Brahim Diaz vient de connaître l’un de ces derniers. Il devra vivre avec cette panenka ratée et surmonter les prochains défis qui se présenteront à lui.

Pour cela, il pourra compter sur ses coéquipiers, ses proches et, espérons-le, sur le soutien des supporters. Car nous demandons énormément à nos idoles. Nous leur demandons de réussir des gestes que nous n’aurions probablement jamais eu le courage de tenter nous-mêmes.


Et vous, que pensez-vous de la panenka de Brahim Diaz ?

Le football reste un jeu, même lorsqu’un pays entier attend derrière son équipe nationale. Alors, condamnez-vous la panenka de Brahim Diaz ou comprenez-vous son choix ? Dites-nous ce que vous en pensez dans les commentaires !

 

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1 réflexion au sujet de « Brahim Diaz et ces penalties qui ont marqué l’histoire du football »

  1. Malheureusement j’ai l’impression qu’il a pêché par orgueil. La panenka de Zizou en 2006 a été tenté aussi parce que le gardien en face le connaissait bien puisqu’ils ont évolué dans le même club à la Juve. Donc il a tenté un truc auquel il ne s’attandait pas.
    Là au vu du contexte plus que litigieux avec le Sénégal, un penalty tiré honnêtement aurait marqué plus de respect ! Mais bon c’est la dure loi du foot

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