
Alors que les polémiques vont bon train autour du boycott de la cérémonie du Ballon d’Or par le Real Madrid, il faut se souvenir que l’attribution de cette prestigieuse récompense individuelle n’a jamais fait l’unanimité. Le Ballon d’Or 2013, remporté par Cristiano Ronaldo devant Franck Ribéry, ou encore celui de 2010, attribué à Lionel Messi alors qu’Andrés Iniesta figurait parmi les grands favoris, en sont de parfaits exemples. Mais le cas le plus surprenant de l’histoire du Ballon d’Or reste, selon nous, celui de l’emblématique défenseur italien Fabio Cannavaro, sacré en 2006.
Pour mesurer la portée du choix du jury de France Football, il faut revenir sur la saison 2005-2006 de Fabio Cannavaro. À cette époque, le charismatique défenseur italien dispute sa deuxième saison à la Juventus Turin. Il y retrouve ses anciens partenaires de Parme, Gianluigi Buffon et Lilian Thuram, avec lesquels il forme une défense de fer. Après deux saisons plus mitigées à l’Inter Milan, Cannavaro connaît alors une véritable renaissance à Turin et atteint le sommet de sa carrière.
Entre 2004 et 2006, Fabio Cannavaro décroche ainsi deux Scudetti avec la Juventus. Ces deux titres ne figurent toutefois pas à son palmarès officiel, puisque le scandale des matchs truqués, le célèbre Calciopoli, viendra bouleverser l’histoire du club turinois.
C’est donc avec une grande confiance que le défenseur italien aborde la Coupe du monde 2006. L’Italie possède alors une génération exceptionnelle avec Gianluigi Buffon, Gennaro Gattuso, Andrea Pirlo, Francesco Totti ou encore Alessandro Del Piero. Et ce qui devait arriver arriva : la Squadra Azzurra devient championne du monde en Allemagne. Au cœur de cette équipe, Fabio Cannavaro s’impose comme l’un des principaux artisans du sacre italien et porte même le brassard de capitaine.
Pourquoi le Ballon d’Or de Cannavaro a-t-il suscité la controverse ?
Alors pourquoi, au terme d’une saison exceptionnelle aussi bien en club qu’en équipe nationale, le Ballon d’Or 2006 attribué à Fabio Cannavaro a-t-il suscité autant de controverses ? Si ses performances sportives semblent incontestables, plusieurs éléments liés à son image et à son parcours ont durablement nourri le débat.
Fabio Cannavaro, une personnalité sulfureuse
Plusieurs épisodes ne plaident pas en faveur du défenseur italien, notamment son rapport avec les affaires qui ont marqué la Juventus et le football italien.
Le scandale du Calciopoli. Ce scandale retentissant de la Serie A impliqua directement la Juventus Turin et son directeur sportif Luciano Moggi. Ce dernier fut mis en cause à la suite d’écoutes téléphoniques faisant état de tentatives d’influence sur les désignateurs des arbitres du championnat italien. Fabio Cannavaro fut notamment critiqué pour sa grande complaisance à l’égard de Moggi, dont il dira : « Moggi était le meilleur de tous, il ne faisait que ce que les autres font aussi. » Après que la justice sportive eut retiré deux titres de champion à la Juventus, Cannavaro ira même jusqu’à déclarer : « Ces deux titres m’appartiennent. » Une position qui, forcément, ne contribuera pas à renforcer son image auprès d’une partie du public.
L’ombre du dopage autour de la Juventus
Entre la Juventus et les affaires de dopage, l’histoire a également été particulièrement mouvementée. Le parquet de Turin mènera notamment une enquête concernant la période allant de 1996 à 2004. Si l’utilisation d’EPO par les joueurs ne pourra pas être établie, les pratiques du staff médical de l’époque susciteront de nombreuses interrogations.
Et ce n’est certainement pas une séquence filmée avec Fabio Cannavaro qui contribuera à dissiper les soupçons. Dans cette vidéo, le joueur se filme avec désinvolture alors qu’il reçoit une perfusion présentée comme un « reconstituant » dans sa chambre d’hôtel à Moscou, à la veille de la finale de la Coupe UEFA contre l’Olympique de Marseille, le 11 mai 1999. La séquence sera diffusée par la télévision italienne en avril 2005 et provoquera un véritable tollé en Italie. Même si cette vidéo ne permet évidemment pas, à elle seule, d’établir une pratique dopante, elle contribuera à alimenter les interrogations autour de l’image du défenseur italien.
Le tacle sur Gaby Mudingayi et la question du fair-play
L’image de Fabio Cannavaro est également marquée par plusieurs gestes particulièrement discutés. Parmi eux, son tacle sur Gaby Mudingayi, alors milieu de terrain de la Lazio, qui laissera le joueur belge éloigné des terrains jusqu’à la fin de la saison.
Mudingayi condamnera durement le geste du défenseur turinois : « J’ai été victime d’un gros coup de Fabio Cannavaro. Il m’a taclé les deux pieds par-derrière. J’en veux en tout cas à Fabio Cannavaro, d’autant que le tacle qu’il a fait n’était pas nécessaire. Nous étions dans le camp de la Lazio. Ce n’est pas comme si j’étais en possession du ballon près du but. » De quoi alimenter le débat sur le fair-play du futur Ballon d’Or.
L’Italie championne du monde 2006 : un sacre sans panache ?
La défiance envers Fabio Cannavaro accompagne également celle qui entoure la Squadra Azzurra championne du monde en 2006. Bien que victorieuse de la compétition, l’Italie ne soulève pas toujours les foules par son style de jeu, jugé trop fidèle à une certaine tradition défensive et au fameux Catenaccio.
Son parcours jusqu’à la finale ne fut d’ailleurs pas toujours spectaculaire, même si la sélection italienne signe notamment une brillante victoire 3-0 contre l’Ukraine en quarts de finale. En tant que capitaine, Fabio Cannavaro devient le symbole de cette équipe rigoureuse, disciplinée et particulièrement solide défensivement, parfois au détriment du spectacle.
Fabio Cannavaro, une antithèse du Ballon d’Or ?
Manque de fair-play, interrogations autour de son éthique sportive, défenseur à l’ancienne et capitaine d’une équipe davantage associée à la rigueur qu’au football spectaculaire : on comprend rapidement pourquoi l’attribution du Ballon d’Or 2006 à Fabio Cannavaro a suscité autant de débats.
Cette défiance s’explique aussi par l’idée que nous nous faisons du Ballon d’Or. Le trophée ne se limite pas à récompenser le joueur disposant du plus beau palmarès sur une année. Ce serait bien trop réducteur. Si le Ballon d’Or est devenu une récompense aussi prestigieuse et un véritable Graal pour les footballeurs, c’est aussi pour ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif.
Le Ballon d’Or récompense celui que beaucoup aimeraient être : le joueur capable, par son génie, de faire gagner son équipe. Il désigne celui qui représente le mieux ce que nous aimons dans le football : une technicité hors pair, une aisance gestuelle, une capacité à briller tout en restant au service du collectif, un but sensationnel ou encore des performances exceptionnelles lors des matchs les plus importants. Chaque année, le Ballon d’Or raconte finalement une histoire différente.
Le trophée possède également une dimension individuelle qui se conjugue avec celle d’une nation tout entière. En 1998, le Ballon d’Or de Zinédine Zidane récompense certes un titre de champion du monde, mais il symbolise surtout le rêve d’une nation et l’accomplissement d’un destin personnel. En 2002, le sacre de Ronaldo raconte une autre histoire : celle d’une résurrection. Après de graves blessures et alors que beaucoup se demandent s’il pourra un jour retrouver les sommets, le Brésilien revient au firmament du football mondial et remporte la Coupe du monde.
C’est ainsi que le Ballon d’Or a construit sa légende. Plus qu’un simple trophée individuel, il raconte des histoires, consacre des carrières et immortalise des destins qui dépassent parfois largement le cadre du football.
Alors, n’en déplaise à certains, Fabio Cannavaro restera à nos yeux comme l’une des plus grandes anomalies de l’histoire du Ballon d’Or. Son sacre en 2006 peut parfaitement se défendre au regard de ses performances et de son titre de champion du monde. Mais lorsqu’on compare son profil à l’image et à la légende associées au Ballon d’Or, son couronnement demeure l’un des plus surprenants de l’histoire du trophée.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Fabio Cannavaro méritait-il réellement le Ballon d’Or 2006, ou pensez-vous qu’un autre joueur aurait dû lui être préféré ? Donnez-nous votre avis dans les commentaires et dites-nous quel Ballon d’Or vous considérez comme le plus controversé de l’histoire !
Si Zidane n’avait pas mis son coup de tête il n’y aurait aucune discussion possible et il aurait eu le ballon d’or. Idem en 2000 où Figo l’a obtenu car Zidane avait mis un coup de tête dans un match de ligue des champions contre Hambourg.