
Ainsi s’achève le règne de Didier Deschamps, après quatorze ans à la tête de l’équipe de France, par une défaite dans la petite finale opposant les Bleus à l’Angleterre. On aurait aimé une meilleure fin pour l’emblématique sélectionneur des Bleus mais les histoires d’amour finissent mal en général. Avant que s’ouvre un nouveau chapitre pour l’équipe de France, hommage doit être rendu à celui qui a fait gagner une deuxième coupe du monde à la France en 2018. Cette gratitude ne doit pas empêcher d’émettre des critiques sur un bilan qui ne fera pas l’unanimité. Alors comment juger le parcours de DD en tant que sélectionneur de l’équipe de France ? Quels critères utiliser pour évaluer quatorze ans de travail au service des Bleus ? La question ne peut être résolue à la seule considération du palmarès ou du niveau de jeu de l’équipe de France. Etre sélectionneur de l’équipe de France c’est un tout : vous représentez l’image de la Fédération auprès du grand public et des sponsors, vous avez la responsabilité de sélectionner un effectif capable d’atteindre les objectifs visés et vous devez aussi laisser un héritage à votre successeur. Le rôle du sélectionneur n’est donc pas que sportif, il s’agit aussi de communication, de politique, de choix fort pour créer le meilleur environnement possible à un groupe de 26 joueurs. Deschamps a été parfois très bon dans l’un de ses domaines et un peu plus en difficulté sur d’autres. Le contexte a été aussi très évolutif sur ses quatorze années de mandat. Retour sur un parcours qui fera date par ses succès et ses controverses mais dont il faudra retenir le meilleur.
Le palmarès de Didier Deschamps : un bilan difficilement attaquable
Si l’analyse devait s’arrêter stricto-sensu sur le palmarès, D.D n’aurait pas à rougir de son bilan. Dans le détail le sélectionneur a réalisé : une finale de l’Euro 2016, une demi-finale en 2024 et une élimination précoce de ce même tournoi en huitième de finale de l’édition 2021. Pour ce qui est de la Coupe du monde, on est sur un titre en 2018, une finale perdue aux tirs aux buts en 2022 et une demi-finale en 2026. La constance est là et se prouve par les chiffres, Deschamps est le sélectionneur avec le plus grand nombre de victoires en coupe du monde. On peut chercher à comparer avec des sélectionneurs d’autres pays, vous ne trouverez pas des chiffres aussi flatteurs chez ses confrères. Son ennemi intime, Christophe Dugarry, titille ce bilan en arguant que D.D (Didier Deschamps) n’a remporté qu’une grande compétition sur six. La critique de l’ancien attaquant des Bleus à l’encontre des Bleus ne résiste pas à l’épreuve des faits. Quel sélectionneur ou quelle nation présente un meilleur ratio que D.D à la tête des Bleus ? Vous avez eu le Brésil qui a enchaîné trois finales de coupe du monde entre 1994 et 2002. Vous avez l’Espagne qui a tout gagné entre 2008 et 2012 (deux Euros et une Coupe du monde). En club, il en va de même vous ne trouverez pas une équipe qui sur plusieurs saisons d’affilée gagne plus de la moitié des compétitions auxquelles elle participe. C’est le haut niveau qui veut ça et la critique n’est donc pas recevable. Il faut remarquer aussi que D.D aura perdu quasiment à chaque fois contre le vainqueur de l’épreuve, ce qui n’est pas anodin non plus. En 2014, la France perd un à zéro contre l’Allemagne future vainqueur de la Coupe du monde. En 2016, la France perd en finale contre le Portugal. En 2022, contre l’Argentine en finale. En 2024 et 2026 à chaque fois en demi-finale contre l’Espagne. Il n’y a que lors de l’Euro 2021 que l’équipe de France de D.D ne s’incline pas contre le futur vainqueur de l’épreuve.
Voyons plus précisément dans quel contexte D a bâti ce palmarès.
Les compétitions de D.D avec l’équipe de France : des triomphes certaines désillusions mais rarement des échecs cuisants
Deschamps arrive à la tête de l’équipe de France après un passage mitigé de Laurent Blanc au poste. L’ancien défenseur français a repris l’équipe de France dans un contexte difficile en 2010 après le bilan calamiteux de Domenech chez les Bleus. Laurent Blanc a dû redorer l’image des Bleus suite au fiasco de Kinshasa et des diverses pitreries de Domenech, au premier desquels la demande en mariage à Estelle Denis au soir de l’élimination face à l’Italie à l’Euro 2008. C’est dire le mérite de Laurent Blanc, bien que l’ancien libéro n’ait pu mieux faire qu’une élimination à l’Euro 2012, face au futur vainqueur de l’épreuve, l’Espagne. Deschamps arrive tout de même en 2010 dans un contexte apaisé à la faveur d’un président de la fédération française de football Noël Le Graët qui avait plus confiance en l’ancien capitaine des bleus que celui qui allait devenir le coach du PSG.
Deschamps arrive avec l’objectif de qualifier les Bleus au mondial 2014 qui se jouera au Brésil. Pour ce faire, il y aura la qualification historique lors du match retour contre l’Ukraine. Une fois au Brésil, les Bleus feront un parcours tout à fait honorable avec une défaite de justesse contre l’Allemagne 1 à 0 en quart de finale. Une Mannschalft qui finira championne du monde. Mais la patte Deschamps commence à prendre et les fondations sont posées. Le parcours à ce mondial 2014 doit servir de base pour le prochain objectif l’Euro 2016 à la maison. Là encore, les bleus de Deschamps sont au rendez-vous avec une finale perdue en prolongation contre le Portugal. Un poteau de Gignac et un but du portugais Eder viennent anéantir le rêve français. Cependant, un groupe est né avec une ossature et des cadres identifiés. La revanche viendra en 2018 avec le titre mondial et la France qui décroche cette deuxième étoile tant attendue. D.D entre dans un cercle très fermé des footballeurs ayant été champion du monde en tant que joueurs mais aussi sélectionneur. Seuls Franz Beckenbauer et Mario Zagallo ont également ce privilège.
La France paraît plus forte que jamais et semble le favori pour l’Euro 2021 joué en 2022 à cause du COVID. C’est la première réelle désillusion pour le coach basque. Le scénario de la défaite face à la Suisse, après avoir mené au score, reste en travers de la gorge. La composition de départ en 3-5-2 est hors-sujet et semble avoir été imposée par les joueurs. On se demande si D.D n’a pas perdu la main face à des joueurs désormais champion du monde et moins à l’écoute de leur coach. Mais c’est mal connaître la Desch qui reprend la main et mène les Bleus jusqu’en finale de la Coupe du monde 2022. Si les Français font pale figure durant une bonne partie du match, le sursaut arrive tout de même à l’heure de jeu. Les Bleus rattrapent leur retard et reviennent à 2-2 puis 3-3. La finale sera finalement perdue aux tirs au but. On a donc eu un premier cycle le temps de poser les fondations de 2014 à 2016. Puis 2018 à 2022, où DD tire la quintessence de son groupe pour un titre mondial malgré l’échec de l’Euro 2021. C’est une fois en 2022 qu’un nouveau cycle plus délicat va s’ouvrir pour le coach basque. Les observateurs contestent la façon de joueur des Bleus. L’Euro 2024 et la défaite face à l’Espagne confortent les critiques à l’encontre d’un sélectionneur qui est désormais en poste depuis dix ans. La volonté de D.D de se maintenir au poste contre vents et marées est sujet à polémique. C’est dans ce contexte que D.D décide que le mondial 2026 sera son dernier. Malheureusement, la Desch a perdu sa chance légendaire. Le début de tournoi fait croire à un nouveau titre mondial. On voit déjà D.D partir sur un dernier trophée avec une équipe ayant enfin dévoilé son plein potentiel offensif. Son choix de mettre quatre attaquant est unanimement salué. Mais tout cela n’était qu’un mirage et les Bleus sortent face à l’Espagne en demi-finale dans un match où ils auront été dominés de la tête et des épaules. Le match pour la troisième place étant anecdotique.
On constate donc qu’avec Deschamps on est loin des couacs connus sous Domenech en 2010 ou celui de Roger Lemerre en 2002. Et ce qu’on reproche à Deschamps au final ce n’est pas tant de ne pas avoir été plus loin dans les compétitions que le manque d’ambition dans le jeu. Passons donc au crible les différents choix tactiques de la Desch.
Les choix tactiques : du pragmatisme triomphant aux concessions périlleuses
En préambule, il faut rappeler que Deschamps a débuté sa carrière d’entraîneur à Monaco où il était loin d’être perçu comme un coach défensif. Rappelez-vous son Monaco de la saison 2003-2004, il jouait avec quatre joueurs offensifs avec Jérôme Rothen côté gauche, Ludovic Giuly à droite, Nonda en pointe épaulé par Dado Perso. Morientes viendra compléter cette ligne d’attaque suite à la blessure de Shabani Nonda. C’est ce Monaco qui obtiendra sa plus grande victoire en coupe d’Europe sur le score de 7-2 face au Deportivo La Corogne. Ses détracteurs me diront que ce constat ne vaut pas pour son passage à l’OM, alors revenons à l’équipe de France. Prenons quelques-unes de ses compositions d’équipe lors de match clé joué lors de chacune des compétitions disputées.
Pour le quart de finale du mondial 2014 face à l’Allemagne :
H. Lloris
M. Debuchy R. Varane M. Sakho P. Evra
P. Pogba Y. Cabaye B. Matuidi
M. Valbuena K. Benzema A. Griezmann
On est sur un 4-3-3 plutôt offensif sachant que Pogba et Matuidi se projette et qu’à cela s’ajoute l’activité des latéraux. Ensuite, on peut reprocher que l’animation ne soit pas au rendez-vous mais sur le papier ce n’est pas une équipe défensive.
Pour la finale de l’euro 2016 face au Portugal :
H. Lloris
B. Sagna S. Umtiti L. Koscielny P. Evra
M. Sissoko P. Pogba B. Matuidi
A. Griezmann O. Giroud D. Payet
Sur cette composition, on peut éventuellement reprocher le choix de M. Sissoko qui ne jouait pas vraiment vers l’avant et ne prenait pas de risque dans son jeu. Autrement, on a de la technique avec Payet et Griezmann. Au milieu, Pogba est un joueur qui va vers l’avant et casse des lignes. On est donc sur un 4-3-3 équilibré qui ne bride pas les joueurs offensifs.
Pour la finale de la Coupe du monde 2018 :
H. Lloris
J. Koundé R. Varane D. Upamecano T. Hernadez
A. Griezmann A. Tchouameni A. Rabiot
K. Mbappe O. Giroud O. Dembele
Là encore sur le papier, l’équipe proposée n’a rien d’ultra défensive. L’animation laissera à désirer et D.D fera plusieurs changements à la pause. Preuve en est que le sélectionneur n’était pas dans le déni et savait bouleverser ses plans face à un constat d’échec quitte à sortir ses joueurs cadres.
Pour le quart de finale face à la Suisse lors de l’Euro 2021 :
H. Lloris
R. Varane C. Lenglet P. Kimpembe
B. Pavard P. Pogba N. Kanté A. Rabiot
A. Griezman
K. Benzema K. Mbappe
Un meneur de jeu pour alimenter deux attaquants plus des pistons sur les côtés, on a vu plus défensif. Certes, ce n’a pas fonctionné mais les intentions étaient louables. Cela reste tout de même le principal échec de D.D qui dès la mi-temps reviendra à une formation plus habituelle. Cette compétition reste la seule où DD est vraiment passé à côté de son sujet. Cette composition initiale, vite remaniée à la mi-temps, était comme une concession à son groupe sans que lui n’y croyait réellement. Seul et unique couac sur 14 ans de mandat, cela reste excusable.
Pour la demi-finale de l’Euro 2024 face à l’Espagne :
M. Maignan
J. Koundé D. Upamecano W. Saliba T. Hernandez
N. Kanté A. Tchouaméni A. Rabiot
O. Dembélé R. Kolo Muani K. Mbappé
Un 4-3-3 avec de la vitesse en attaque grâce à Mbappe et de la percussion avec Dembélé. On pourra regretter un milieu pas assez créatif encore que A. Rabiot est capable de se projeter. Mais les critiques sont recevables dans le sens où l’animation de l’équipe était assez frileuse. Les choix dans la composition ne sont pas rédhibitoires mais là où le bât blesse c’est dans le positionnement de l’équipe trop bas, les circuits de balle trop peu présents, le jeu en transition pas assez affirmé. L’Espagne a révélé les manques de l’équipe de France dans un football moderne où les anciennes recettes ne sont plus aussi efficaces qu’autrefois.
Pour la demi-finale face au mondial 2026 face à l’Espagne :
M. Maignan
J. Koundé D. Upamecano W. Saliba L. Digne
Tchouaméni A. Rabiot
O. Dembélé M. Olise B. Barcola
K. Mbappe
Pour cette nouvelle confrontation contre l’Espagne, la tactique sera cette fois différente. Au revoir le 4-3-3 de 2024 et place au quatuor offensif. Mais là encore, ce match contre la France va révéler toutes les carences de l’équipe de France. Une attaque dispersée et sans complémentarité. Un pressing pas coordonné, l’absence de plan B et surtout une forme d’impuissance criante. Et ce qu’ont peut reprocher à D.D c’est de n’avoir pas renversé la table comme en finale de la Coupe du monde 2018 où il sort Giroud et Griezmann. Ici, en 2026 on a eu droit à des changements que poste pour poste. Il ne fallait surtout pas remettre en cause l’attaque à quatre. Cette formation avec quatre joueurs offensif semblait être une volonté de D.D de quitter l’équipe de France par la grande porte. Comme si le sélectionneur avait voulu partir en battant en brèche les critiques sur son incapacité à faire du beau jeu. Mais au fond, cette formation ne ressemblait pas à D.D. Les observateurs ont voulu croire en ce quatuor qui donnait raison à leurs critiques sur D.D car cela permettait de prouver qu’on peut gagner en faisant du beau jeu. Mais il ne suffit pas d’aligner quatre joueurs offensifs pour faire du beau jeu. La faiblesse des équipes éliminées jusqu’à la demi-finale n’a pas permis de mettre en exergue les lacunes de ce système. Deschamps a mis un coup Olise dans l’axe et Dembélé à droite puis l’inverse mais le mal était plus profond. Les quatre devant ont rarement combiné ensemble. Ce premier rideau était facilement passé par les adversaires, le milieu prenait donc des vagues et la défense prenait l’eau facilement. Deschamps aurait dû continuer à faire du Deschamps avec une équipe équilibrée et non pas ce mirage d’une équipe tout feu tout flamme avec les « quatre fantastiques » ou les « Avengers ».
On connaît nombre de coach qui ont mis le bus dans certains matchs ou d‘autres qui cherchent à s’adapter aux adversaires en improvisant de tactiques à la dernière minute. Mourinho, tout grand entraîneur qu’il est, a usé d’approche hyper défensive sur certains matchs. Laurent Blanc en 2012 face à l’Espagne met Debuchy au milieu de terrain pour protéger le couloir droit avec le succès que l’on sait (le but viendra de ce côté..). Que dire de Tuchel, qui après avoir mené 1-0 face à l’Argentine avec l’Angleterre en demi-finale de cette coupe du monde, décide de faire entrer des défenseurs pour préserver l’avantage au score alors qu’il reste encore trente minutes à jouer. Or, quoiqu’on puisse reprocher à Deschamps il n’a jamais fait ce genre de choix durant près de 14 ans de mandat. L’équipe de France sous Deschamps a eu un style de jeu correspondant au parcours de son sélectionneur. Un joueur formé à Nantes qui était la plus belle équipe à voir jouer dans ces années-là grâce à Jean-Claude Suaudeau. Mais Deschamps c’est aussi l’école italienne à la Juventus Turin où il était un homme de base de Marcelo Lippi. Enfin, Deschamps a aussi été influencé par ses années de capitaine sous Aimé Jacquet. Une équipe dont la défense était la principale arme. Deschamps a sans doute fait la synthèse de toutes ces influences en puisant dans le meilleur de chacun avec plus ou moins de réussite selon les compétitions.
La gestion et le choix des hommes : des soldats aux parias toujours un même principe le bien être du collectif
Aimé Jacquet l’explique parfaitement dans livre « Ma vie pour une étoile », une équipe n’est pas une juxtaposition de talent mais un collectif qui vit bien ensemble. C’est pour cette raison que le natif de Sail-sous-Cousans n’a pas hésité à se passer de David Ginola ou d’Eric Cantona, pourtant au fait de leur gloire en Angleterre, pour la Coupe du monde 1998. Deschamps a bien intégré cette règle et n’y a jamais dérogé. L’idée d’un sélectionneur ne doit pas être de prendre forcément le meilleur à chaque poste mais de réfléchir aux meilleures complémentarités possibles et à la constitution d‘un groupe capable de vivre ensemble sur plusieurs semaines. Sur l’ensemble de son mandant, il sera difficile de trouver des choix polémiques dans les sélections de Didier Deschamps. Certes, il a parfois privilégié des joueurs en difficulté en club mais qui avait un vécu en équipe de France tel un Kolo Muani ou un Moussa Sissoko. Mais globalement, il sera difficile de le prendre en défaut sur ce point-là.
Les deux cas qui resteront emblématiques de sa gestion des hommes sont celui de Samir Nasri et de Karim Benzema. Les deux cas sont bien différents mais répondent au même impératif de préserver l’intérêt du collectif. Le cas Samir Nasri, jamais avare d’un tacle envers Deschamps, prend racine lors de la double confrontation en Ukraine. Le joueur est titulaire au match aller à l’issue duquel la France a perdu 2-0 et mis en péril sa qualification. Le joueur ne sera pas titulaire au retour et ne sera plus convoqué par D.D. Dans une interview à l’Equipe, le sélectionneur se justifiera de son choix par cette explication : « J’ai eu l’occasion à chaque fois de discuter avec lui, de dire ce qui allait et ce qui n’allait pas. Ou il n’a pas entendu ou il n’a pas voulu entendre». On ne peut pas remettre en cause les qualités footballistiques d’un Samir Nasri, brillant milieu de terrain, mais le fait est que sa personnalité ne s’intégrait pas à celle de l’équipe de France de ces années-là. Le cas Karim Benzema est bien plus complexe quant à lui mais mérite qu’on s’y attarde pour bien comprendre le management de D.D. Entre le sélectionneur des Bleus et l’attaquant du Real Madrid, il y a eu une relation qui aura tout connu : le respect, le sentiment de trahison, la volonté de repartir à zéro puis une nouvelle incompréhension. Le point de bascule de cette relation est la déclaration de Karim Benzema au journal Marca qui à propos de sa non convocation à l’Euro 2016 dira : « le sélectionneur a cédé sous la pression d’une partie raciste de la France ». Cela vaudra des insultes à DD et notamment des tags sur sa résidence en Bretagne. Si on se replonge dans le contexte de l’époque, il serait cruel de reprocher à D.D de n’avoir pas sélectionné un joueur qui était en pleine affaire judiciaire suite aux accusations de tentative de chantage à l’encontre de son co-équipier Benzema. En dépit de ce coup de canif à leur relation commune, le sélectionneur fera de nouveau appel au numéro neuf merengue après cinq ans d’absence. L’obtention du ballon d’or, par l’attaquant formé à Lyon, aurait pu définitivement sceller le rapprochement entre les deux hommes mais ce ne fut jamais le cas. Le mondial 2022 et le départ précipité de Karim Benzema fera de nouveau renaître un contentieux entre les deux. Chacun ira de sa vérité, Deschamps affirmant que le joueur avait une blessure trop grave pour espérer pouvoir jouer cette coupe du monde à 100 % de ses moyens physiques. Le joueur niera cette explication à travers des story Instagram sans que l’on sache réellement qu’elle était sa version des faits. Deschamps comme tout sélectionneur aura fait des déçus qui le détesteront. Cela a existé avant lui, avec lui et ça existera avec son successeur. Mais sur 14 ans de mandat, on ne peut nier que ses décisions ont toujours été prises dans l’intérêt supérieur de l’équipe de France.
Une communication de moins en moins appréciée face à l’usure du temps
Quatorze ans à la tête de l’équipe de France cela veut dire pléthore de conférence de presse, d’interview, de sollicitations des médias,etc…Alors forcément un moment la lassitude vous gagne et vous ne prenez plus le temps de tout expliquer constamment. D.D a toujours répondu à ses obligations avec la presse mais l’homme se sentait contesté et a pris ses distances avec certains journalistes ou consultant. Ainsi Jérôme Rothen, son ancien joueur désormais à la tête d’une émission sur RMC, a vu une fin de non recevoir à toutes ses demandes d’interview avec le sélectionneur. Les critiques parfois acerbes de l’ancien milieu monégasque sont revenus à l’oreille du sélectionneur qui a préféré couper les ponts avec Rothen. Cette lassitude de Deschamps face aux critiques s’illustre aussi avec sa réponse sur le style de jeu de l’équipe de France. A ceux qui déploraient un football manquant d’allant offensif, il rétorquera que les supporters peuvent changer de chaîne « si jamais le jeu ne leur convient pas ». On retrouve là le D.D, qui lors de l’Euro 2000 en tant que joueur, avait boudé la presse suite à des critiques jugées trop véhémentes à son égard.
La communication de D.D a aussi été mise à mal lors du départ du président de la FFF, N. Le Graet, suite à des propos irrespectueux sur Zinedine Zidane. Le sélectionneur n’a à ce moment sans doute pas mesuré l’ampleur de la polémique et n’a pas osé se désolidariser totalement de son président. Une communication plus franche de soutien envers son ancien coéquipier de la Juventus eût été la bienvenue. Ce qui aura été reproché à Deschamps dans sa communication lors de ses 14 ans, c’est une certaine langue de bois. Une volonté d’en dire le moins possible et de rester dans certaines banalités. On peut y voir aussi une volonté de protéger son groupe où d’éviter les déclarations tapageuses qui font plus de bruit que de bien. Dans une société du buzz permanent et toujours en recherche de la dernière punchlines, le profil de D.D était peut-être trop en décalage. Pas sûr que les médias soient mieux servi avec son successeur.
Enfin, sa réaction d’après match, au soir de la défaite face à l’Espagne où il attaque l’arbitre, est regrettable. Il serait dommage de lui en tenir rigueur et si c’est la seule déclaration à lui reprocher sur quatorze ans de mandat c’est bien peu de chose. On a vu pire entre les déclarations de demandes en mariage de Domenech, les propos sibyllins de Roger Lemerre,etc…On regrettera tout de même cette dernière interview sur M6 où le sélectionneur fustigera « l’environnement irrespirable » qui l’aurait contraint à céder son poste de sélectionneur pour le bien de l’équipe de France. L’équipe de France n’appartient à personne et il serait mal opportun pour celui qui a tenu le poste 14 ans de l’oublier.
La politique : le procès de l’omnipotence avec sa prolongation de contrat
Deschamps est sans doute l’un des plus beaux palmarès du foot français. C’est le premier joueur français à avoir soulevé une Coupe d’Europe en club puis la Coupe du monde avec la sélection nationale. C’est aussi le premier en France à avoir été champion du monde en tant que joueur et sélectionneur. Un tel palmarès fait autorité et face à un Noël Le Graët enlisé dans différentes affaires, on a parfois eu le sentiment d’un sélectionneur qui décidait de lui-même de sa destinée. L’exemple flagrant de ce reproche étant sa prolongation de contrat en 2023 pour un nouveau bail allant jusqu’en 2026. Le sélectionneur a annoncé lui-même sa prolongation de contrat au comité exécutif de la FFF. Cela a donné le sentiment de mettre les instances dirigeantes devant le fait accompli tant bien même il n’y avait pas de réel sujet sur une prolongation. Cela peut sembler un détail mais cela participe d’un ensemble où la figure du sélectionneur devient plus importante que l’institution. Cela étant dit, la décision de Deschamps de s’arrêter en 2026 prouve sa lucidité quant à la nécessité de passer la main. L’homme a sans doute senti que la pression populaire pour un retour de Zidane devenait trop forte. C’est aussi faire preuve d’un certain sens politique que de savoir quand le moment est venu de laisser sa place.
Maintenant que D.D va quitter son poste quelle empreinte laisse-t-il au football français ?
L’héritage de D.D : une base solide pour son successeur
Maintenant que Didier Deschamps laisse la place à son successeur rend-il l’équipe de France dans un meilleur ou moins bon état qu’il l’a trouvé ? L’équipe de France a incontestablement progressé sous son mandat. Elle a conquis un titre mondial, une ligue des nations, fait une finale d’un mondial et d’un euro. Deschamps a fait de certains de ses joueurs des légendes des Bleus tel un Antoine Griezmann ou un Hugo Lloris. Avec lui, à la tête des Bleus l’équipe de France a repris sa place parmi les meilleures nations du foot. Le nouveau sélectionneur, Zinédine Zidane sauf surprise, va travailler avec une base solide. Et les prochains succès de l’équipe France commence dès maintenant dans cette transition entre deux des plus grandes légendes du football français. Puisse Zidane à son tour soulever le trophée Jules Rimet en tant que sélectionneur et faire de nouveau rêver les Bleus…
Et vous quel bilan faites-vous des années Deschamps à la tête de l’équipe de France ? Dites-nous tout dans les commentaires.