
Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’affaire Riolo vs Didier Deschamps, voici un rappel des faits : dans l’Afterfoot, Riolo avait attaqué le sélectionneur français sur la gestion du cas Benzema à la coupe du monde 2022 au Qatar. Selon le journaliste, le forfait du buteur du Real Madrid n’était pas justifié et il expliquait avec sa verve habituelle que Didier Deschamps était un « menteur » et de « toutes les affaires louches du football français ». Pour Didier Deschamps, cela en était de trop et il attaqua donc Daniel Riolo avec une plainte pour diffamation.
Le procès confronta les versions des deux protagonistes. Daniel Riolo s’appuya sur sa source qu’il dévoila au grand jour et qui n’était autre que Hakim Chalabi, directeur de la clinique Aspetar. Quant à Didier Deschamps, il avait pour lui le témoignage de son staff médical au premier rang desquels Franck Le Gaal, médecin des bleus. Et il se confronte là deux interprétations de la blessure de l’attaquant madrilène : pour l’un, Franck Le Gall, il s’agit d’une blessure rédhibitoire pour participer à une compétition aussi exigeante qu’une coupe du monde; pour l’autre, Hakim Chalabi, la blessure était mineure et ne compromettait pas la possibilité de voir Karim Benzema rétablit pour les matchs à élimination directe du tournoi.
Mais derrière ce simple débat médical autour de l’interprétation d’une radio, il existe dans cette affaire des enseignements bien plus importants. En arrière plan de ce procès, on trouve l’ombre d’une relation entre Benzema et Deschamps qui n’a eu de cesse de se détériorer au fil du temps mais aussi le reflet de l’acrimonie de DD envers une radio dont il a pourtant été consultant. Enfin, cette affaire pose la question de la liberté d’expression dans un paysage médiatique où la surenchère de punchlines devient systématique pour exister.
Benzema – Deschamps : une relation jamais rétablie des accusations de racisme
Benzema et Didier Deschamps c’est une longue histoire parsemée de soutien l’un envers l’autre puis d’incompréhensions multiples. On se souvient de la longue disette du buteur du Real Madrid entre juin 2012 et octobre 2013 qui prit fin en amical contre l’Australie au Parc des princes. Une période durant laquelle il aura toujours été soutenu par le sélectionneur Didier Deschamps. La relation est à ce moment-là pleine de confiance entre les deux. Cela permettra à Benzema d’être décisif dans le barrage contre l’Ukraine pour la qualification au Mondial 2014. Une coupe du monde où il remplira son rôle de façon tout à fait honorable avec 3 buts, malgré la défaite face à l’Allemagne en quart de finale. Mais cette relation, longtemps au beau fixe, va vite mal tourner d’abord avec l’affaire Valbuena, dans laquelle Benzema aura été mise en examen pour « complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs ». Au regard de cette affaire judiciaire, le sélectionneur en plein accord avec le président de la fédération Noël Le Graët, décide de l’écarter du groupe pour l’Euro 2016 à domicile. Suite à cette non-convocation les choses vont complètement tourner au vinaigre et prendre des proportions insoupçonnées suite à une interview de Benzema à El Pais . Dans celle-ci, Benzema déclare que le sélectionneur « a cédé sous la pression d’une partie raciste de la France ». Une déclaration qui formera une blessure jamais totalement refermée pour Deschamps dont la facade de sa maison en Bretagne sera taguée du mot « raciste ». En conséquence, on ne verra plus Benzema en sélection nationale entre 2015 et 2021. Choix sportif ou rancœur d’un sélectionneur blessé dans sa chair par des accusations de racisme ? La vérité est sans doute entre les deux pour une équipe de France qui sera parvenue sans son buteur madrilène à faire une finale de championnat d’Europe mais plus encore à gagner la coupe du Monde 2018. A la surprise générale, Benzema fera son retour en équipe de France pour l’Euro 2020 joué en 2021 suite au COVID. Il faut dire que le joueur est devenu un légende du Real Madrid. En 2021, il devient le meilleur passeur du club et est sacré meilleur joueur du championnat espagnol. Mais là encore, les planètes ne sont pas alignées et l’équipe de France loupe son Euro dans lequel Benzema avait pourtant brillé avec 4 buts. Enfin, viendra cette coupe du monde 2022 au Qatar où Benzema quitte le groupe France en pleine nuit suite à une blessure qui fait encore polémique aujourd’hui.
Cette relation compliquée de Benzema avec Didier Deschamps aura plombé son parcours en équipe de France. Mais même sous les précédents sélectionneurs, l’hostoire de Benzema avec les Bleus n’était pas ancrée dans de solides fondations.
Benzema et l’équipe de France : symbole d’une longue liste de rendez-vous manqué entre les Bleus et la génération 87
La relation Benzema Deschamps est d’abord celle d’une relation contrariée entre Benzema et l’équipe de France à l’instar de la génération 87. Celle-ci, dont faisait également partie Jéremy Ménez, Hatem Ben Arfa ou Samir Nasri, n’aura rien remporté avec l’équipe de France. Outre l’absence de trophée, chacun de ces joueurs aura été plus ou moins associés à diverses polémiques. On se souvient de celle de Samir Nasri qui insulta un journaliste à l’Euro 2012 notamment. Les stars de cette génération 87, pourtant promis à un grand avenir en équipe de France, seront malheureusement passés totalement au travers de leur carrière internationale. Mais plus que les résultats décevants, c’est la manière qui laissera des regrets. Le cas Benzema illustre parfaitement la chose. Un joueur de sa trempe, qui a été un ballon d’or et un cadre de Madrid pendant plus d’une décennie, aurait dû gagner un titre majeur avec l’équipe de France. Au lieu de ça, qu’est-ce qu’il va rester ? Une affaire de chantage envers son ex-coéquipier en équipe de France pour laquelle il a été condamné. Et quoi d’autre ? Des story Instagram boursouflées d’acrimonie envers le sélectionneur Didier Deschamps ? On pourrait citer un florilège de tous ces petits mots publiés sur les réseaux sociaux contre Didier Deschamps « menteur, toi t’es un menteur », « Sacré Didier…Bonne nuit ». Et que dire de sa story « bon bah je vais devoir m’expliquer pour le peuple » à propos de son départ de la coupe du monde au Qatar et finalement restée lettre morte. À son actif, on pourra tout de même citer cette ligue des nations 2021 mais c’est bien trop peu pour le talent de ce joueur.
Deschamps et la radio RMC : Riolo et Rothen les consultants autrefois amis de Deschamps mais aujourd’hui bannis
Au cours de ce procès, il était aussi ironique de voir que les deux parties adverses se connaissaient intimement. Le sélectionneur des bleus a travaillé chez RMC en tant que consultant en 2006. Ainsi, il connaît particulièrement bien Daniel Riolo et les autres journalistes du groupe. Si les autres consultant de RMC n’ont pas eu droit à un procès, ils n’en sont pas moins en froid avec le sélectionneur. Ainsi, Jérôme Rothen autrefois très proche de son ancien coach de Monaco recevait régulièrement Didier Deschamps dans son émission Rothen s’enflamme. Aujourd’hui, le sélectionneur n’accorde plus aucune interview à son ancien joueur, coupable de critiquer trop véhément le jeu des bleus. Idem, le cas Christophe Dugarry qui avait eu le malheur de dire que Deschamps avait pris « en otage l’équipe de France », une petite phrase que le sélectionneur ne pardonnera jamais à l’ancien attaquant de Bordeaux.
Une liberté d’expression usée jusqu’à son paroxysme dans à l’ére des réseaux sociaux ?
Le foot est le sport le plus populaire au monde et comme ont le dit souvent il y a en France 60 millions de sélectionneurs. Aimé Jacquet avant Didier Deschamps avait eu à subir les affres d’une critique exécrable en l’occoruence celle du journal L’Equipe. Didier Deschamps a eu un règne en équipe de France qui s’étale sur plus de dix ans. Les critiques sont inévitables au terme d’un si long mandat tant bien même le palmarès de DD plaide en sa faveur. Sur son mandat, l’équipe de France aura fait trois finale d’un tournoi majeur : Euro 2016, coupe du Monde 2018 et 2022. Le seul véritable loupé étant l’Euro 2020 de 2021 dans un contexte particulier de l’ère Covid. Pour certains, le jeu est pitoyable et justifierait son départ, peut-être mais cela nécessite-t-il de le critiquer sans le moindre respect ? L’essor des réseaux sociaux ne pousse t-il pas à être toujours plus outrancier pour se démarquer ? On a parfois l’impression que chaque éditorialiste cherche la meilleure punchline pour se faire entendre. Riolo avait-il besoin de traiter de menteur Deschamps pour appuyer son point de vue ? Pourquoi aller faire un sous-entendu sur les liens de Deschamps avec les « affaires louches » du football français ? Dans son verdict, le tribunal a en tout cas ugé que : « Il ressort de ces propos, exprimés sous forme d’anathèmes et en des termes blessants, une volonté de jeter le discrédit sur Didier Deschamps, dans des conditions qui caractérisent un jugement de valeur et un procès d’intention ». Et le tribunal d’ajouter : « Ces propos, s’ils sont péjoratifs et ont pu de ce fait légitimement heurter la partie civile ne peuvent être considérés comme diffamatoires, de sorte qu’il convient de renvoyer les prévenus des fins de la prévention ». En d’autres termes, Riolo échappe à la sanction mais DD ayant affiché son intention de faire appel, il ne devrait pas crier victoire trop vitre. En bon observateur du foot, il sait qu’une remontada au match retour est vite arrivée et qu’il pourrait encore devoir manger son chapeau…
Et vous que pensez-vous de cette affaire ? Deschamps a-t-il eu raison de porter plainte contre Daniel Riolo ? Dites nous tout dans les commentaires ?