Et si la France avait joué en 4-3-1-2 en 2002 et 2004 ?

 

Crédit Iconsport
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Tout a été dit ou presque sur les échecs cuisants de l’équipe de France lors du mondial 2002 et de l’Euro 2004. L’élimination au premier tour de la coupe du monde sans marquer le moindre but est expliquée par de multiples raisons : les blessures de Pires et Zidane, l’arbitrage avec le carton rouge de T. Henry contre l’Uruguay, la malchance avec 5 poteaux en 3 matchs. D’autres pointèrent du doigt une équipe trop confiante et pas assez concentrée sur le football. Cependant, une raison qui n’a pas été assez évoquée est celle de la tactique de l’équipe de France. Certes Roger Lemerre a été critiqué en 2002 mais c’est pas tant pour sa tactique que pour avoir continué à accorder sa confiance à des cadres vieillissants et grisés par les succès passés. Au sortir de l’Euro 2004, le constat fut plus ou moins le même. On critiqua des joueurs en fin de course tels que Marcel Desailly ou Lizarazu. L’environnement euphorique de l’équipe de France, suite à son parcours sans faille dans les matchs qualificatifs, fut une des raisons donnée à l’élimination dès le quart de finale face à la Grèce. On critiqua aussi vertement Jacques Santini pour avoir annoncé son départ pour Tottenham suite à sa non prolongation à la tête des bleus. Or, si la principale raison était tout autre et ne devrions-nous pas nous intéresser exclusivement à l’aspect sportif et technique ? Que ce soit pour la coupe du monde 2002 ou l’Euro 2004 la faillite collective ne s’expliquerait-elle pas à chaque fois par une mauvaise tactique ? La France fut victorieuse de la coupe du monde 1998 et de l’Euro 2000 en 4-3-1-2 même si son schéma était plus flexible en 2000 au regard du plus grand potentiel offensif de l’équipe.

Par exemple, l’équipe type de 98 qui était alignée en finale était la suivante :

Barthez
Thuram-Desailly-Blanc-Lizarazu
Karembeu-Petit-Deschamps
Zidane
Djorkaëf-Guivarc’h

 

Pour l’Euro 2000, l’équipe type alignée par exemple contre le Portugal était composée ainsi :

Barthez
Thuram-Desailly-Blanc-Lizarazu
Vieira-Deschamps- Petit
Zidane
Henry-Anelka

Pour les compétitions qui suivirent, on s’éloigna de ce 4-3-2-1 pour évoluer dans un schéma immuable en 4-2-3-1 sous Roger Lemerre. A titre d’exemple, voici sa composition lors du match d’ouverture face au Sénégal :

Barthez
Thuram-Leboeuf-Desailly-Lizarazu
Vieira-Petit
Wiltord-Djorkaëf-Henry
Trezeguet

Il pourrait paraître naïf de penser que le simple fait de passer en 4-3-1-2 aurait pu tout changer et assurer la victoire des bleus. Cependant, le constat est que les autres formations ne fonctionnaient absolument pas. Quel était le souci du 4-2-3-1 sous Roger Lemerre ? Le principal reproche était que cela obligeait Thierry Henry à jouer à gauche chose qui le rebutait suite à son repositionnement dans l’axe à Arsenal. Le milieu de terrain était souvent esseulé par manque d’un troisième milieu récupérateur. Le hic de cette formation était aussi que son animation était trop dépendante de Zidane. Ceci fut criant avec la blessure du meneur de jeu français en 2002 où Roger Lemerre, pour rester dans son schéma, mis tour à tour Djorkaëk puis Micoud pour le remplacer. Le premier pour le match d’ouverture et le second pour celui contre l’Uruguay. Or, ne remplace pas Zidane qui veut. Le fait de changer de formation aurait permis de ne plus faire reposer la pression du remplacement de Zidane sur un seul joueur mais sur tout un collectif.

Le pire étant que les joueurs eux-mêmes souhaitaient une autre formation. C’est en effet ce qu’expliqua Dugarry sur RMC dans un extrait que vous pouvez retrouver sur Youtube intitulé « Mondial 2002 : Dugarry revient sur les choix douteux de Lemerre » où il déclara « j’ai vu des joueurs la vieille de France Uruguay aller dans la chambre de Roger pour demander des explications sur la compo…Pourquoi Roger voulait mettre certaines choses en place que les joueurs voulaient pas. Il y a eu un échange pensant trouver un accord et je me souviens très le lendemain que deux heures avant le match et que Roger sor le paperboard avec la composition d’équipe, je vois Desailly, Zidane et Djorkaëf qui sont verts alors qu’ils avaient discuté d’un truc la vieille… lors d’une discussion collégiale comme cela se faisait avec Aimé. Et là les joueurs donnent leur avis, ils sortent de la chambre en pensant avoir trouvé un consensus avec Roger. Moi je me souviens très Zizou me dit [c’est bon, on a réglé les incompréhensions, on a réglé comment on se sentait mieux, comment il fallait mieux jouer]. Et je peux te dire que le lendemain la tête de Zizou quand Roger sort la feuille avec la composition de l’équipe et qu’il remet le même système que les joueurs n’acceptaient pas et les joueurs en voulaient pas jouer comme ça car ils pensaient que c’était pas ce qu’il fallait pour le bien de l’équipe, Zizou je l’ai vu avec sa tête on met des coups de boule, il était fou. Il m’a dit [c’est pas possible, il se fout de ma gueule].

En 2002, voici ce qu’aurait pu donner une composition en 4-3-1-2 :

Barthez
Thuram-Leboeuf-Desailly-Lizarazu
Vieira-Makélélé-Petit
Zidane
Henry-Trezeguet

 

Dans ce cadre là, vous pouviez ensuite mettre Micoud en remplacement de Zidane blessé et faire alterner Trezeguet avec Djorkaëf ou Dugarry. Le milieu aurait été plus impactant et permis à Zidane d’être totalement libre. Etait-ce cette formation qui était appelé de tous leurs vœux par les joueurs ? Probablement…

Pour l’Euro 2004, Zidane était bien présent ainsi qu’un nouveau sélectionneur mais là encore le potentiel de l’équipe fut mal exploité en raison d’une tactique inadaptée.

Jacques Santini pour le match perdu face à la Grèce aligna lui un 4-4-2 bien loin du 4-3-1-2 qui avait fait triompher les bleus à l’Euro précédent. Voici sa dernière composition à la tête de l’équipe de France lors de l’Euro 2004 :

Barthez
Thuram-Gallas-Silvestre-Lizarazu
Zidane-Dacourt-Makélélé-Pirès
Trezeguet-Henry

 

Le premier accroc de la composition de Jacques Santini était de mettre Zidane à droite pour faire jouer Pires à gauche. En outre, l’objectif de cette composition était d’associer Henry et Trezeguet en attaque mais, en dépit de l’amitié entre les deux hommes, leur duo n’a jamais véritablement fonctionné.

Et malheureusement en 2004, on va avoir là encore un sélectionneur arc bouté sur ses positions et sourd au ressenti de ses joueurs. C’est ce dont témoigne Rothen dans un extrait disponible sur Youtube intitulé Euro 2004 : « il y avait de la crainte de la part de certains joueurs cadres ». Selon J. Rothen, « les cadres étaient même allés voir Jacques Santini après le match contre la Croatie qu’on ne gagne pas en lui disant : [écoute on joue la Suisse peu importe si c’est un match important ou pas mais il faut changer quelque chose dans l’équipe]. Là il dit : [oui ba laissez-moi le temps, je réfléchis la nuit avec mon staff et on se revoit le lendemain]. On se revoit le lendemain matin avec tout le groupe et il nous dit : [voilà ba j’ai changé…]. Et Rothen d’ajouter : « écoute ce qu’il nous sort : les quatre défenseurs son les mêmes, les deux milieux de terrains sont les mêmes donc le même dispositif 4-4-2, il met les deux même attaquants que sont T. Henry et D. Trezeguet et puis il dit à Robert et à Zidane : [bon ba Robert tu vas passer à gauche et Zizou tu vas passer à droite]. Et Rothen de préciser non sans ironie « et là tout le monde pouffe de rire » . A la fin du match contre la Grèce, les supporters français eux riront jaunes avec cette élimination au goût amer dès le quart de finale. Les bleus quitteront cette compétition par la petite porte alors qu’avec le bon dispositif tactique tous les espoirs auraient été permis.

Pour 2004, voici ce qu’aurait donné une composition en 4-3-1-2 :

Barthez
Sagnol-Thuram-Gallas-Lizarazu
Vieira-Makélélé-Dacourt
Zidane
Henry-Trezeguet

 

Dans cette composition, on note déjà la titularisation de Sagnol dont la qualité de centre aurait été précieuse pour un tel match. Puis, on met une fois encore un milieu à trois pour bien protéger la défense et permettre à Zidane de se consacrer exclusivement à l’animation du jeu. Il y a fort à parier que ce schéma tactique est plus conforme aux desiderata des joueurs et qu’à défaut de gagner la compétition il aurait pu aller bien plus loin avec une formation en 4-2-1-3.

Si vous jamais vous auriez encore des doutes quant au bienfait de ce 4-3-1-2, je vous invite à regarder la formation de 2006 qui a été en finale de coupe du monde :

Barthez
Sagnol-Thuram-Gallas-Abidal
Vieira-Makélélé- Malouda
Zidane
Ribéry-Henry

Ce 4-3-1-2 étant flexible car Malouda pouvait occuper une position plus haute sur le terrain dans les phases de possession. Le fait est qu’il défendait beaucoup malgré tout.

Et on pourrait constater qu’à la coupe du monde 2018 il en allait également d’un 4-3-1-2 :

Lloris
Pavard-Varane-Umtiti-Hernandez
Pogba-Kanté- Matuidi
Griezmann
Mbappé-Giroud

 

On pourrait même remonter plus loin à l’époque du carré magique où là encore on retrouve une formation en 4-3-1-2. Prenons à titre d’illustration la composition de France – Portugal de 1984 :

Bats
Battiston- Le Roux – Bossis- Domergue
Giresse-Fernandez-Tigana
Platini
Lacombe-Six

Là encore, l’animation n’était pas exactement la même entre toutes ces équipes mais on retrouve l’idée d’un milieu à trois avec une attaque composée d’un meneur de jeu et de deux attaquants.

C’est impossible de dire si la France aurait pu gagner le titre en 2002 et 2004 grâce à une formation en 4-3-1-2 comme proposé dans cet article. Cependant, il est clair que les tactiques proposées par les sélectionneurs lors de ces tournois ne permettaient pas d’exploiter le potentiel de l’équipe. Le hic en sélection est qu’il faut parfois faire des choix difficiles. En 2002, cela signifiait probablement mettre Trezeguet sur le banc pour renforcer le milieu. En 2004, cela voulait peut-être dire mettre Pirès sur le banc pour laisser le côté gauche à Zidane qui y a ses préférences. Cette problématique de devoir mettre des joueurs exceptionnels sur le banc tous les sélectionneurs l’ont eu. En 2006, lorsque le Brésil a voulu aligner toutes ses stars offensives cela n’a pas fonctionné. L’Angleterre a eu une génération d’orée avec des milieux fantastiques mais n’a jamais réussi à faire jouer ensemble les Lampard, Gerrard, Scholes et Beckham. L’Italie a eu à choisir entre Totti et Del Piero également. Cela illustre aussi l’importance du rôle de sélectionneur qui a la pleine responsabilité des joueurs sélectionnés et de la tactique mise en place sur le terrain. Un entraîneur de club doit lui composer avec des recrues parfois ciblées par un directeur sportif ou liées à des contraintes budgétaires. On laisse aussi plus de temps à un sélectionneur qu’à un entraîneur qui a un match tous les trois jours et qui est plus dépendant des résultats. Un sélectionneur a plus la main sur son vestiaire car il lui suffit de ne plus appeler en sélection un joueur posant problème. Par contre, un coach de club devra lui respecter le contrat du joueur voire demander son transfert. Que ce soit en 2002 ou 2004 la France possédait clairement les joueurs pour faire mieux mais encore fallait-il avoir un sélectionneur à la hauteur…

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1 réflexion au sujet de « Et si la France avait joué en 4-3-1-2 en 2002 et 2004 ? »

  1. Sur la période de 2002 à 2006, on a vraiment gâché le potentiel de l’équipe de France. Il y avait grave de la place pour faire bien mieux en sur ces deux grandes compétitions.

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