Le jour où Thierry Henry a éteint les Galactiques avec un but d’anthologie au stade Santiago-Bernabeu

 

Photo by Richard Heathcote/Getty Images

 

Le 21 février 2006 se déroula le huitième de finale entre le Real Madrid et Arsenal. Une affiche assez rare dans cette compétition et qui offre une double confrontation entre deux équipes à la croisée des chemins. Le Real Madrid qui souleva le trophée de la Ligue des champions en 2002 n’est plus que l’ombre de lui-même quatre ans plus tard. Si le Real Madrid a enfin compris qu’il fallait un successeur à Claude Makélélé, le recrutement de Gravesen ne suffit pas à équilibrer cette équipe. Preuve en est le Real Madrid peine en Liga et s’est séparé de son coach le brésilien Vanderlei Luxembourgo pour le remplacer par Juan Ramon Lopez Caro. Du côté d’Arsenal, l’équipe est en transition entre des piliers en fin de cycle : Lehman, Sol Campbell, Bergkamp et des jeunes recrues en pleine éclosion : Cesc Fabregas, Theo Walcot, Emmanuel Eboue ou Robin Van Persie. Arsène Wenger n’est pas encore contesté et son équipe assimile parfaitement sa philosophie de jeu. Si Madrid était donné favori, Arsenal parviendra à se qualifier après une victoire 1-0 à l’aller et un match nul 0-0 au retour à Highbury.

Un match comme dernier baroud d’honneur pour les Galactiques

Dans cette double confrontation, on veut encore croire au sursaut d’orgueil des madrilènes. Leur expérience face aux jeunes talents d’Arsenal doit en principe faire la différence. Cependant, dès le début du match on réalise que Arsenal n’est guère impressionné et que les protégés d’Arsène Wenger ne sont pas venus à Madrid pour faire de la figuration. Thierry Henry montre la voie à ses jeunes partenaires en mettant à l’épreuve la défense madrilène. On comprend très vite que sa vitesse et son explosivité vont mettre à mal la défense de la Casa Blanca. Madrid ne démérite pas un tente de faire parler ses armes offensives eux qui ont en attaque le duo brésilien Ronaldo et Robinho avec à la baguette Zidane pour les servir. Mais dans ce match indécis un joueur va faire la différence et marquer à jamais les esprits.

Un but à la Ronaldo mais marqué par Thierry Henry : symbole d’une passation de pouvoir entre deux générations

Les grands joueurs font gagner leur équipe dans les matchs importants et c’est ainsi que naissent les légendes. En 2006, Thierry Henry pouvait se targuer d’avoir déjà plusieurs moments de gloire à sona ctif. Mais ce qu’il va faire tout après le retour au vestiaire va asseoir encore un peu plus sa légende. L’action commence presque de façon anodine suite à une perte de balle de Ronaldo dans son camp. Cesc Fabregas le récupère et cherche tout de suite son capitaine Thierry Henry. L’attaquant français va alors partir dans un rush dont lui seul à le secret. A sa prise de balle, Ronaldo pour la forme tente de revenir défendre sur lui mais sans grande conviction. Un deuxième adversaire se présente alors à T. Henry, c’est Alvaro Meija qui a remplacé Jonathan Woodgate blessé. L’anglais ayant sans doute été usé physqiuement par les appels de balle de T. Henry en première mi-temps… Alvaro Meija à peine dans le match se retrouve donc déposé sur place par un crochet de T. henry. Guti sent le danger et tente de revenir sur Henry mais c’est trop tard l’attaquant anglais est lancé et a pris de la vitesse. Face à la puissance de Henry, Guti ne peut rien et s’écroule. Alors que Henry pénètre dans la surface de réparation, Sergio Ramos tente le tacle de la dernière chance, en vain, Henry a déjà armé sa frappe du gauche et vient faire trembler les filets de Casillas d’une frappe croisée du gauche. Les supporters madrilènes sont sous le choc tout autant que les joueurs. Henry peut se diriger fièrement vers ses supporters venus en nombre au stade Santiago Bernabeu. Index de la main droite sur la bouche, l’attaquant français célèbre son exploit dans son style bien à lui mêlant arrogance et joie contenue. Qu’importe l’absence de sourire souvent reprochée au buteur des Gunners, son but est un bijou dont on se délecte des années après. Plus encore, ce but scelle la victoire des Londoniens qui protégeront cette courte avance au match retour. Le but fait aussi mal à Ronaldo qui perd le ballon et ne parvient pas à le récupérer dans les pieds de Henry. On est triste de voir ce Ronaldo dont le physique déclinant fait pâle figure en comparaison d’un T. Henry dans la force de l’âge. Le Ronaldo qui mettait un triplé à Old Trafford et était applaudi par tous les supporters mancuniens est désormais loin.

Une défaite qui sonnera le glas de l’ère galactique et le début d’un nouveau cycle à Arsenal

Pour Madrid, cette défaite représente le crépuscule des Dieux. Le bilan de l’ère des galactiques est des plus mitigés. Ce projet défendu par le président Florentino Pérez se fracasse sur le mur des réalités. L’équipe est déséquilibrée sans véritable identité de jeu avec des stars à bout de souffle. Ce match sera d’ailleurs le dernier en Ligue des champions à Madrid pour Zidane. Le meneur de jeu français, sans doute conscient qu’une page se tourne, décida de prendre sa retraite quelques semaines après cet affront européen. Le président F. Pérez quittera ses fonctions lui aussi. L’équipe sera renouvelée et seul Beckham restera encore une saison de plus pour gagner son seul et unique titre avec la Casa Blanca : la Liga 2007. Ronaldo partira au Milan AC en janvier 2007 tandis que Robinho finira par un transfert inattendu à Manchester City en 2008.

Pour Arsenal, c’est la fin d’un cycle et le début d’un nouveau. L’équipe ira jusqu’en finale cette année-là, qu’elle perdra cruellement face à Barcelone. Si Wenger parviendra à retenir un an de plus T. Henry, celui-ci ira ensuite gagner une Ligue des champions en signant dans le club catalan de son idole Johan Cruyff. Robert Pirès ira exercer ses talents en Espagne et finira son aventure à Arsenal de façon cruelle. Lors de cette finale de 2006, Wenger le sortira du terrain à la 18e minute pour palier à l’exclusion du gardien Jens Lehmann. Un choix de Wenger qui restera une cicatrice jamais refermée pour le milieu gauche formé à Metz. Fort de cette brillante campagne européenne, Arsenal fera confiance à ses jeunes pour entamer son prochain cycle au sein de son nouveau stade de l’Emirates Stadium.

Bien plus qu’une qualification : la victoire du foot sur le marketing

Cette victoire d’Arsenal c’est aussi la victoire d’un modèle fondé sur le développement de jeunes joueurs contre celui du Real Madrid fondé sur l’achat de star du football. Le club dirigé par Florentino Pérez a voulu dans ce début des années 2000 construire une équipe bling-bling. Le but étant d’augmenter les recettes du club et de développer un marketing autour de la marque Real Madrid. Au contraire, Arsenal sous le management de Wenger a continué à bâtir une équipe compétitive en misant sur de jeunes talents au futur prometteur. Lors de cette victoire du club londonien rendez-vous compte que Wenger devait composer avec les absences de Bergkamp, Van Persie, Sol Campbell, Ashley Cole, Lauren et Gaël Clichy. Mais l’équipe alignée contre Madrid était tout de même compétitive car elle avait une âme, une solidarité et une cohérence. En face, Madrid proposait une équipe avec certes de grands joueurs mais déséquilibrée car trop offensive. Cicinho et Roberto Carlos montaient énormément sur les ailes. Au milieu de terrain, Gravesen était un pur récupérateur mais à côté de lui Beckham ne jouait pas à son poste de prédilection et Guti avait lui un tempérament offensif. Le but de T. Henry reflète toutes les carences du Real Madrid de cette équipe : trop d’espaces entre les lignes, défense livrée à elle-même et des individualités devant qui ne font plus de différences. Cet échec est celui d’un président, Florentino Pérez, qui aura voulu avant tout développer la marque Real Madrid sans se soucier des considérations sportives les plus élémentaires. On aurait aimé voir une meilleure fin pour les galactiques mais pour la beauté du sport il était bon que le marketing perde. Le football se gagne sur le terrain et non pas sur les ventes de maillot.

Et vous pensez-vous que ce but à Madrid est le plus beau de la carrière de Thierry Henry ? Auriez-vous aimé une autre fin pour les Galactiques de Florentino Pérez ? Dites nous tout dans les commentaires

Partager cet article :

Laisser un commentaire

error: Le contenu est protégé !!