
Genèse du Milan AC de Carlo Ancelotti
Quand Carlo Ancelotti arrive au Milan AC, il a pour lui son passé de joueur sous les couleurs milanaises avec deux Ligue des Champions mais aussi un parcours de coach plutôt flatteur. Le coach italien a déjà eu deux expériences concluantes à Parme et Turin même si le titre national se dérobe à chaque fois à lui. Une première fois à Parme lors de la saison 1996-1997 où il termine deuxième derrière la…Juventus. Puis, ironie du sort, c’est une fois coach de la Juventus, lors de la saison 1999-2000, que le titre lui échappe d’un point seulement au profit de la Lazio Rome. L’année suivante, bis repetita avec une Juventus qui termine de nouveau à la place de dauphin mais de l’AS Rome cette fois-ci. Lors de son arrivée certains douteront de sa capacité à gagner des titres et verront en lui un éternel second. Les dirigeants milanais font fi de ces critiques et doivent de toute façon sortir le club de l’ornière. Le club est alors dirigé par Fatih Terim mais l’expérience tourne court et Ancelotti parvient à redresser l’équipe à la quatrième place à la fin de l’exercice 2001-2002. Il va désormais être jugé sur une saison entière et doit prouver sa capacité à gagner des titres.
Un succès quasi immédiat fruit d’une tactique audacieuse et d’un management humain
Ancelotti ne va pas perdre de temps et va dès sa première saison pleine faire l’unanimité. Il réalise le doublé coupe d’Italie et Ligue des champions grâce à une victoire à l’arrachée aux tirs au but contre la Juventus Turin, son ancien club. Fait notable, celui qu’on surnommera par la suite Don Carlo, devient le quatrième entraîneur à gagner la Ligue des champions en tant que joueur et coach.
La saison suivante vient confirmer que ce Milan est décidé à marquer l’histoire, les Rossoneri vont s’adjuger le Scudetto 2004 avec pas moins de onze points d’avance sur la…Juventus). L’histoire est belle pour Carlo qui a quitté Turin avec l’étiquette d’un « loser » mais qui quelques années plus tard prouve à son ancien club que la culture de la gagne il connaît ! En 2005, le Milan AC va de nouveau atteindre la finale de la Ligue des champions. Comment expliquer un tel exploit ?
Il y a d’abord le management de Carlo Ancelotti pour comprendre un tel succès. Carlo c’est le coach adoré par ses joueurs et qui fait régner une ambiance sereine au sein de son vestiaire. De toute sa carrière, vous ne trouverez jamais un joueur pour dire de mal de lui, au contraire, à chacun de ses passages dans un club Carlo a laissé de bons souvenirs. Mais il ne faudrait pas non plus faire passer Carlo pour un coach dénué de sens tactique. Carlo a prouvé au Milan AC qu’il serait bien réducteur de ne voir en lui qu’un coach proche de ses joueurs. Le coup de maître de Carlo au Milan AC a été de replacer Pirlo comme meneur de jeu mais devant la défense. Carlo a fait de Pirlo un regista. Le terme désigne littéralement le metteur en scène de théâtre ou le réalisateur de film. Sur le rectangle vert, il s’agit de celui qui détient la clé du jeu. Comme l’expliquera Pirlo dans une interview au journal espagnol ABC, son coach a été à cette occasion visionnaire : «Avant qu’Ancelotti me place devant la défense, c’était un poste que seuls les joueurs à vocation défensive occupaient. À l’époque, ils n’avaient qu’une chose en tête : détruire avant de construire. À partir du moment où j’ai commencé à jouer en pivot, il y a eu un changement de tendance. On a démontré qu’on pouvait gagner sans cynisme, tout en jouant bien au football. » Cela va de pair avec la tactique en sapin de Noël mise en place par Carlo au Milan. « Je définis le « sapin de Noël » comme un système de jeu basé plus sur le positionnement que sur le mouvement des joueurs » expliquait Carlo Ancelotti dans son livre Mes secrets d’entraîneur. Et Carlo d’ajouter : « le 4-3-2-1 présentait quelques lacunes tactiques, surtout dans l’aspect défensif. J’adoptai donc une attitude qui me permettrait de conjuguer deux systèmes de jeu qui m’étaient familiers : en quelques mots, je décidai d’adopter le 4-4-2 dans la phase durant laquelle nous n’avions pas le ballon et de passer rapidement au 4-3-2-1 dès que l’on aurait la balle ». Sur le terrain, le rendu de ces préceptes footballistiques étaient en tout cas spectaculaires. Le Milan AC était une équipe qui avait la possession et arrivait à combiner dans chaque zone du terrain. Les circuits de passe permettaient aux joueurs de se trouver les yeux fermés. Pirlo faisait office de rampe de lancement et mettait ses coéquipiers dans les meilleures dispositions. Les latéraux montaient avec Cafu à droite et Maldini à gauche puis Kaladze. L’équipe semblait ne posséder aucun point faible et aura proposé un des plus beaux football sur cette période du début des années 2000.
Un effectif soigneusement renouvelé à intervalle régulier
La force de Carlo et ses dirigeants est aussi d’avoir su renforcer l’équipe avec à chaque fois la recrue parfaite. Il y a d’abord eu des renforts de prestige tels Rui Costa et Fillipo Inzaghi. Milan a aussi misé sur un Pirlo qui n’était encore qu’un jeune milieu de terrain talentueux à l’époque. Puis, il y a eu des recrues ayant le statut de valeur sûre tels que Clarence Seedorf ou Alessandro Nesta. Par le suite en 2004 et 2005, le Milan AC a continué à faire venir de réels atouts au sein de son effectif avec Kakà ou Cafu. On pourrait aussi citer les arrivées de Jaap Stam et Hernàn Crespo. L’effectif était toujours renouvelé juste ce qu’il faut avec une ossature qui permettait à des recrues de premier choix de briller sans temps d’adaptation.
Remontada, Calciopoli et retrouvailles avec Liverpool : la chute puis la renaissance du Milan AC
Une équipe de foot de haut niveau ressemble à une formule 1, elle donne son maximum selon des réglages extrêmement précis et un grain de sable peut tout enrailler. La machine milanaise va commencer à se gripper en mai 2005 un soir de finale de Ligue des champions contre Liverpool. Le Milan AC arrive dans cette finale fort de ses victoires au tour précédent contre Manchester United et l’Inter Milan. L’équipe est confiante et mène déjà 3-0 à la mi-temps. On voit mal Liverpool revenir au score. Les hommes de Carlo sont bien en place et étouffent complètement l’équipe de Rafael Benitez. C’est pourtant l’impensable qui va se produire puisque Liverpool revient à 3-3 à l’heure de jeu. Les milanais qui menaient 3-0 à la mi-temps vont devoir affronter une séance de tirs au but qui va leur être fatale. Liverpool va s’imposer 3-2 aux penalties et réaliser une des remontadas les plus improbables de l’histoire du foot. La réussite fuit désormais le Milan AC qui perd également le Scudetto en terminant deuxième derrière la…Juventus. La roue tourne. Comme si cela ne suffisait pas vient éclater l’année suivante, en 2006, le scandale du Calciopoli et ses matchs truqués. Le classement final de la saison 2005-2006, où les milanais ont terminé deuxième, est modifié. Le club rétrograde à la troisième place mais surtout est privé de sa participation à la Ligue des champions 2006-2007. Pour couronner le tout, le Milan AC voit son buteur fétiche Shevchenko quitter le club pour Chelsea. Une première page se tourne et on sent la fin de cycle arriver. Mais le Milan AC va faire taire les septiques et s’offrir une dernière épopée en Ligue des champions pour retrouver en finale…Liverpool. Deux ans après la finale perdue en ayant mené 3-0 à la mi-temps, le Milan AC a l’occasion de laver l’affront et de prendre sa revanche. Le Milan AC a appris de ses erreurs et ne laisse pas passer sa chance. C’est Inzaghi qui d’un doublé va offrir le titre à son équipe. Il marquera d’un premier but chanceux en détournant un coup franc de l’épaule dans les buts adverses. Enfin, il fera trembler les filets d’un deuxième but dans son style le plus pur : appel à la limite du hors jeu, face à face contre le gardien puis frappe dans les buts vides. Ce qu’on appelait « le miracle d’Istanbul » est à présent effacé et le Milan AC peut reprendre sa moisson de titres avec la Supercoupe d’Europe et le Mondial des Clubs.
Une fin de cycle inéluctable après une des plus glorieuses pages de l’histoire du club
Cette victoire de 2007 sonne comme le chant du cygne pour une équipe qui de 2003 à 2007 a disputé trois finales de LDC pour deux victoires. Après avoir marché sur le toit de l’Europe, l’équipe a pris de l’âge et accuse un passage à vide sans aucun titre remporté jusqu’en 2009. Carlo Ancelotti peut quitter le club fier du travail accompli et ses soldats Paolo Maldini et Kakà décident eux aussi de quitter le club. Ils auront contribué à une des plus belles pages de l’histoire de ce club.
Les piliers de l’équipe d’Ancelotti
Paolo Maldini : homme d’un seul club, 24 ans sous les couleurs rouge et noire, défenseur intraitable, Paolo Maldini c’est la légende du club et un monument du football mondial.
Gennaro Gattuso : un véritable pitbull sur le terrain, Gattuso c’est la dose d’agressivité qu’il faut en complément des artistes de l’équipe. La technique ça va un peu mais un bon tacle les deux pieds décollés c’est encore mieux !
Andrea Pirlo : Regista, sapin de Noël, Pirlo c’est le symbole de la tactique mise en place par Carlo Ancelotti. Ce repositionnement de Pirlo fera de Ancelotti un génie. Pirlo c’est la finesse technique et la vision du jeu par excellence. On se demande encore comment l’AC Milan a pu le laisser filer ensuite à la Juventus Turin. А̀ son arrivée à Turin, Buffon déclarera que ce transfert est « l’affaire du siècle »
Filippo Inzaghi : Alex Ferguson dira de lui qu’il « est né hors jeu ». Avec Inzaghi point de passement de jambes ou de dribbles. Non, Inzaghi c’est la science du placement : toujours là au bon moment et au bon endroit. Un but du genou ou du torse peu importe soyez assuré que Inzaghi célébrera son but comme si c’était le plus beau de l’histoire du foot.
Dida : gardien titulaire durant toute l’ère Ancelotti, Dida c’est l’un des plus emblématiques gardiens brésiliens si ce n’est le meilleur.
Cafu: autre brésilien du Milan AC, le joueur au 142 sélections arrive au Milan AC à 33 ans mais loin d’être une préretraite son passage au club viendra asseoir sa légende.
Kakà : les recrues brésiliennes ont particulièrement brillé au Milan AC. Arrivé en provenance de Sao Paulo, Kakà va découvrir le football européen avec le Milan AC et s’imposer rapidement comme l’un des meilleurs joueurs au monde à son poste. Il recevra en 2007 la récompense ultime avec le ballon d’or.
Clarence Seedorf : seul joueur à avoir gagné la Ligue des champions avec trois clubs différents (Milan AC, Real Madrid et Ajax Amsterdam). Joueur sous côté mais essentiel à chacune de ses équipes, Seedorf était l’alliage parfait entre puissance physique et technique.
Andreï Chevtchenko : deuxième ballon d’or, en 2004, sous l’ère Ancelotti, Chevtchenko c’est sept ans à Milan pour 175 buts en 296 matchs.
Palmarès de l’ère Ancelotti :
1 Série A (2004)
1 Coupe d’Italie (2003)
1 Supercoupe d’Italie (2004)
2 Ligue des champions (2003, 2007)
2 Supercoupes d’Europe (2003, 2007)
1 Mondial des clubs (2007)
Et vous pensez-vous que le Milan AC est la plus belle équipe des années 2000 ? Dites nous tout dans les commentaires.