Comment Didier Deschamps est passé d’une quasi relégation à une finale de Ligue des champions en seulement trois ans à Monaco ?

 

 (Photo by Stuart Franklin/Getty Images)

 

Alors que Didier Deschamps va disputer aux Etats-Unis sa dernière grande compétition en tant que sélectionneur des bleus, il est intéressant de revenir sur ses débuts en tant que coach. C’est à Monaco, tout juste après la fin de sa carrière de joueur, que l’ancien capitaine de l’équipe de France a lancé sa deuxième vie de footballeur. Si les débuts sont loin d’être idylliques, D.D va très vite inverser la tendance pour atteindre l’apothéose de la finale de la Ligue des Champions. Comment Didier Deschamps est passé en trois ans de frôler la relégation à une finale de Ligue des champions, c’est ce que nous allons voir maintenant.

Un coach à peine retraité des terrains et déjà à la tête d’un grand club de Ligue 1

Quand on est Didier Deschamps on ne fait rien comme les autres. Capitaine de l’Olympique de Marseille pour la première victoire française en coupe d’Europe, capitaine du sacre des bleus en 1998, Didier Deschamps représente les grandes heures du football français. A l’étranger, Didier Deschamps c’est aussi le capitaine de la grande équipe de la Juventus du milieu des années 1990. Ainsi, le plus beau palmarès du football français ne pouvait garder pour lui une si riche expérience et comme le dit l’adage il devait donc « rendre au football ce que le football lui a donné ». Si tout le monde voyait en lui un coach en puissance et que nul n’avait de doute sur sa réussite dans cette fonction encore fallait-il le nommer à la tête d’un club. Ce n’est pas tous les présidents de club qui oseraient nommer un coach tout juste retraité de sa carrière de joueur, quand bien même il s’agirait de choisir Didier Deschamps. C’est pourtant de cette audace dont va faire preuve Jean-Louis Campora, alors président de l’AS Monaco (de 1975 à 2003), en nommant Didier Deschamps à la tête de son équipe à partir de l’été 2001. L’aventure de Didier Deschamps en tant qu’entraîneur pouvait ainsi commencer.

Les débuts cataclysmiques de Didier Deschamps à Monaco : saison 2001-2002

Les débuts de Didier Deschamps à Monaco sont plus que compliqués mais pouvait-il en être autrement ? Le premier élément qui ne plaide pas en sa faveur est que D.D venait tout juste de prendre sa retraite de joueur après une dernière expérience mitigée à Valence. Il est rare de voir des joueurs enchaîner sans transition sur leur carrière d’entraîneur et cela n’est pas sans risques. Cela a eu pour conséquence qu’il a coaché des joueurs quasiment d’une même age que lui tel Marco Simone. Au sein du vestiaire, il était encore perçu comme l’ancien joueur et non pas comme le coach en devenir. D.D lui-même ne devait pas non plus avoir encore le bon positionnement et devait être trop proche de ses joueurs. Le deuxième obstacle auquel a eu à faire face D.D est très probablement sa méconnaissance de la Ligue 1. Le joueur avait quitté Marseille en 1994 et ne restait que sur des expériences à l’étranger. Pour se rassurer, il est donc entré dans le métier avec sa fibre italienne, lui qui a connu en Série A les heures les plus glorieuses de sa carrière. Concrètement, le Didier Deschamps jeune coach arrive à Monaco avec un préparateur physique italien dans ses valises et aussi les veilles gloires du championnat italien. Ainsi, c’est par exemple Oliver Bierhoff ancien buteur du Milan AC qui arrive sur le Rocher ou encore Christian Panucci. Autant de joueurs dans lesquels D.D croit se reconnaître mais qui vont finalement être des poids morts dans le vestiaire. Et Monaco, c’est aussi un contexte particulier avec ses casinos, son effectif pléthorique, ses jeux de pouvoir et un président omnipotent. On a vu plus facile comme baptême du feu au poste d’entraîneur. Bilan ? L’ASM termine l’exercice à la quinzième place, celle de premier non relégable, avec 39 points. Les rumeurs vont bon train quant au nom du coach qui remplacera Deschamps. Cahin-caha et faute de budget pour le licencier, D.D est confirmé par Jean-Louis Campora et va enfin exprimer tout son potentiel de coach lors de sa deuxième saison.

Saison 2002-2003 : la naissance d’un grand coach en devenir

Pour Didier Deschamps, hors de question de revivre une saison comme la précédente alors il prend les commandes et n’hésite pas à trancher dans le vif. Au revoir les caprices de diva : Marco Simone, Christian Panucci et Oliver Bierhoff seront priés d’aller voir ailleurs. D.D façonne une équipe à son image et donne notamment leur chance à des jeunes tels que Gaël Givet, Julien Rodriguez ou Sébastien Squillaci. D.D s’appuie aussi sur la soif de revanche des Ludovic Giuly ou Jérôme Rothen. Au niveau du staff, les dirigeants l’entourent de deux figures historiques du club : Jean-Luc Ettori et Jean Petit. Le climat de travail est plus sain, l’effectif plus à l’écoute et la vision de la « Dèche » désormais claire et partagée par tous. Résultat ? L’ASM remporte la coupe de la Ligue et manque le titre de champion à seulement un point de l’Olympique lyonnais.

L’épopée européenne de la saison 2003/2004: premier exploit de la « Dèche » en tant que coach

Les plus grands succès se construisent dans la douleur et la troisième saison de Monaco en est la preuve. L’ASM doit faire face à une menace de relégation pour raison financière avant même le début de la saison. Après d’âpres discussions, le club sera finalement autorisé à jouer le championnat par les instances dirigeantes le 20 juin 2003. En coulisses, le club doit aussi digérer le départ de son dirigeant historique Jean-Louis Campora qui cède sa place à Pierre Svara. Enfin, sur le plan sportif Didier Deschamps va perdre son buteur avec l’horrible de Shabadi Nonda au Parc des princes. L’attaquant sera victime d’un violent tacle de son ancien coéquipier José-Karl Pierre-Fanfan et sortira sur civière. La blessure de celui qui s’était révélé à Rennes est grave et va le rendre indisponible pour huit mois. L’ASM se voit contrainte de recruter un remplaçant à son buteur vedette et va saisir une opportunité rêvée. C’est qu’il y a un autre attaquant en Europe qui lui s’est remis du grave blessure et évolue désormais à Madrid : Ronaldo. Le brésilien, cela va sans dire, est titulaire et a relégué sur le banc Fernando Morientes. L’attaquant espagnol formait pourtant un duo parfait avec Raúl mais cire désormais le banc madrilène. L’ASM lui propose le temps de jeu qui lui fait cruellement défaut à Madrid et obtient son prêt de la part de Florentino Pérez. Il faudra d’ailleurs revenir sur cette décision du président madrilène qui comme celle de vendre Claude Makélélé aura été lourde de conséquence pour le club. Quoiqu’il en soit Morientes arrive sur le Rocher revanchard et va vite trouver ses marques. L’équipe a désormais ses automatismes comme en atteste le chef d’œuvre 8-3 à domicile contre le Deportivo la Corogne. Une victoire où D. Prso inscrira un quadruplé le jour de son anniversaire et qui marque le début de l’épopée européenne monégasque. Le documentaire Le périple rouge diffusé sur Canal retrace ce magnifique parcours qui mènera l’ASM en finale de la compétition face à Porto. Un documentaire dans lequel on a un Didier Deschamps qui gère d’une main de maître son effectif. Ce n’est déjà plus le coach de la première année à Monaco. On voit qu’il a désormais les coudées franches pour imposer ses idées et que son autorité n’est plus contestée. Il reprend son effectif à la mi-temps d’un Bordeaux-Monaco et surtout il remobilise son groupe avant un Monaco- Real Madrid. Le discours est fort, les joueurs adhèrent et le résultat est là : Monaco élimine les galactiques de Florentino Pérez au terme d’un match épique. Fort de ce succès, les monégasques élimineront en demi-finale Chlesea avec une performance tout aussi héroique. La finale sera malheureusement perdue contre l FC Porto de José Mourinho. La blessure prématurée de Ludovic Giuly étant le tournant du match. Plus tard, Jérôme Rothen sur RMC regrettera la préparation de ce match contraire aux habitudes du groupe et qui aura tétanisé les joueurs au moment de jouer cette finale. Parallèlement en Ligue 1, si l’ASM est champion d’automne avec 43 points mais sa campagne européenne va lui consommer beaucoup d’énergie sur la deuxième partie de saison. D.D ne tourne qu’avec un groupe de 13 à 14 joueurs, les organismes fatiguent et l’ASM termine sixième de la phase retour avec seulement huit victoires. La saison est tout de même historique avec une troisième place en Ligue des champions et surtout cette finale de Ligue des champions.

La fin du cycle Deschamps à Monaco

Après l’épopée européenne, les joueurs emblématiques de l’équipe seront l’objet de toutes les convoitises. Ainsi, L. Giuly ira à Barcelone, J. Rothen à Paris et Moreintes à Liverpool. Malgré ces départs l’ASM résistera une année et finira troisième en 2004-2005. Mais la saison suivante sera celle où D.D dira stop. Lors de la saison 2005-2006, l’ASM sera éliminée par le Bétis Séville au tour préliminaire de la Ligue des champions. La situation financière du club de la principauté est bancale avec un déficit de 70 millions d’euros qu’il a fallu combler. Les supporters quant à eux se refusent à voir leur équipe déclasser après le rêve du titre européen. Enfin, le vestiaire est divisé entre les anciens joueurs ayant vécu l’épopée européenne et les nouvelles recrues à qui on reproche des performances moindres que celles de leurs prédécesseurs. Didier Deschamps quittera le club en septembre 2005 en le laissant certes à la 15e position mais avec aussi trois années de succès. Le point d’orgue de ces années fastes aura été cette finale de Ligue des champions, exploit jamais réitéré par la suite à Monaco.

Que nous dit la période Deschamps à Monaco sur le coach qu’il est aujourd’hui ?

Didier Deschamps possède la culture de la gagne. On le savait déjà et on en a eu la confirmation à Monaco. Une coupe de la Ligue en 2003, finaliste Ligue des champions en 2004 et deuxième de Ligue 1 en 2003. Pour un début de carrière en tant que coach c’est plutôt réussi. Sur l’aspect management, Deschamps aura montré à Monaco son pragmatisme. Si à ses débuts, il a voulu s’appuyer sur les vieux briscards de la série A, très vite il changea son fusil d’épaule pour miser sur des jeunes notamment. La période monégasque de D.D dévoile aussi le relationnel de celui-ci avec les fortes têtes. Soucieux de la cohésion de son groupe, il ne s’embarrasse pas de brebis galeuses n’hésitant pas comme on l’a vu a à mettre de côté des joueurs confirmés et internationaux. Une fois sélectionneur D.D suivra cette même ligne de conduite en laissant de coté un Samir Nasri pour le match retour de la double confrontation face à l’Ukraine de 2013 pour le barrage de qualification à la Coupe du monde 2014. L’importance du relationnel dans le travail de Didier Deschamps s’illustre aussi dans sa relation avec ses dirigeants. A Monaco après sa brillante deuxième saison, il a pu asseoir son autorité. Le départ de J-L Campora est lié à de nombreux facteurs mais on peut aussi y voir une victoire du coach basque. A l’inverse, lorsque Michel Pastor est devenu président du club et qu’il n’a pas donné satisfaction aux demandes de D.D, ce dernier a préféré rendre son tablier. C’est un besoin constant dans la carrière de D.D que d’être en osmose totale avec ses dirigeants. Il s’agit pour lui d’une nécessité absolue gage d’un cadre de travail propice à de bons résultats sportifs. Ainsi, quelques années plus tard dans sa carrière, il quittera la Juventus sur fond de désaccord avec Jean-Claude Blanc, à l’époque dirigeant du club piémontais. De même, si D.D a eu une telle longévité à la tête de l’équipe de France c’est parce qu’il était en totale adéquation avec Noël Le Graët. La période monégasque de D.D en dit aussi plus sur sa philosophie de jeu. Le joueur a souvent été moqué pour son manque de technique et le coach vilipendé pour ses choix de jeu trop frileux. Or, le Monaco de D.D était offensif avec un quatuor d’attaque qui a fait parler la poudre sur les terrains de France et d’Europe. L’ASM terminera par exemple meilleure attaque de Ligue 1 en 2003 avec 66 buts marqués. Sur les côtés les paires Evra-Rothen à gauche et Giuly-Ibarra à droite faisaient des merveilles pour alimenter le duo Morientes-Prso. Le principal chef d’oeuvre de D.D à Monaco étant le 8-3 face à La Corogne au stade Louis II. Enfin, cette première expérience de D.D à Monaco illustre la force de caractère d’un homme qui aura forgé sa carrière dans l’adversité. A Marseille, B. Tapie ne voulait plus de lui, il deviendra capitaine de l’OM triomphant face au Milan AC. En sélection nationale, il était du fiasco de l’élimination face à la Bulgarie en 1993 mais en 1998 il soulèvera la Coupe du monde en France. En arrivant à Monaco, il atterrit dans un véritable panier de crabes. Il est jeune, son positionnement n’est pas le bon, ses méthodes d’Italie ne sont pas transposables en France, il est contesté par les cadres de son vestiaire,etc…Autant dire que tout était contre lui et peu aurait su rebondir après une telle première saison. Mais chez D.D la culture de la gagne reprend toujours le dessus et lui permet deux ans plus tard de mener son équipe en finale de Ligue des champions. Sa carrière était donc lancée mais le meilleur restait à venir pour le plus grand bonheur des supporters de l’équipe de France….

Et vous que retenez-vous du Monaco de Didier Deschamps ? Qu’avez-vous pensé de ces débuts dans la carrière de coach ? Dites nous tout dans les commentaires.

 

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