Et si vous étiez milliardaire quel club rachèteriez-vous et quel serait votre projet ?

 

Ces dernières décennies, le foot a perdu nombre de ses riches propriétaires que ce soit la famille Dreyfus à Marseille ou Roman Abramovitch à Chelsea. On a vu également des propriétaires historiques laisser la place à des dirigeants étrangers tels Canal + cédant le PSG au Qatar en France. A l’étranger, Moratti a quitté l’Inter Milan pour laisser la place à un fonds d’investissement. Entre fonds souverain, multi-propriété et des investisseurs peu recommandables, tels que G. Lopez à Bordeaux ou John Textor à Lyon, le paysage des dirigeants du foot n’a pas toujours évolué dans le bon sens ces dernières années. Mais est-ce que vous feriez-mieux ? Imaginons que vous êtes milliardaire, quel club achèteriez-vous et quelle serait votre stratégie ? Aujourd’hui, mettons-nous à la place d’un dirigeant fortuné qui vient d’acheter un club pour en faire un des meilleurs au monde.

Quel club choisir pour devenir propriétaire ?

Ici plusieurs stratégies sont possibles : opter pour un club historique tel un Manchester United racheté récemment par Ineos ou miser sur un club en devenir à fort potentiel tel un Paris FC acquis par la famille Arnault. L’achat d’un club historique est à double tranchant : vous avez à la fois une structure déjà en place avec un stade, un effectif renommé et des supporters fidèles. Mais cela signifie aussi beaucoup de pression au regard d’un club qui a déjà connu des années glorieuses et pour lequel l’environnement sera exigeant. Les observateurs et supporters auront peu de patience à votre égard. Si vous prenez un club en devenir, vous aurez plus de temps pour lui faire gravir des échelons et imposer progressivement votre management. Et tout cela se fera dans un contexte plus bienveillant. Vous serez porteur d’un espoir aux yeux des supporters et ceux-ci ne seront pas dans la nostalgie des succès passés. Enfin, dernière solution vous pouvez opter pour la création d’un club ex-nihilo tel David Beckham à Miami qui a lui créé sa propre franchise. L’avantage de partir de rien c’est que tout est plus flexible, vous avez plus de marge de manœuvre, vous pouvez modeler un effectif à votre image, construire votre propre stade et progresser à votre rythme. Le succès de Beckham est un exemple en la matière. Pour se prononcer, si j’étais milliardaire j’investirai en France à Nice. La ville est emblématique, les installations sont bonnes, il existe une ferveur populaire mais sans les excès qu’on peut avoir à Marseille. La ville est attractive pour attirer des joueurs renommés sensibles à un cadre de vie des plus appréciables. La Ligue 1 est un championnat moins concurrentiel que dans les autres grands pays européens. Le seul hic à investir dans la Ligue 1 est l’incertitude qui règne sur les droits télé. L’autre inconvénient étant aussi la mainmise du PSG sur la Ligue 1 mais les exploits passés de Monaco, Montpellier et peut-être Lens cette année montre que tout est possible.

Quelles ambitions une fois acquis un club ?

En tant que nouveau propriétaire, je me garderai bien de promettre monts et merveilles aux supporters. Sur ce point, on a deux exemples riches d’enseignements. Prenez le cas du Qatar au PSG, dès leur arrivée ils ont déclaré vouloir gagner la Ligue des champions. Leur slogan « rêvons plus grand » étant révélateur de ce qui s’apparentait parfois à une certaine folie des grandeurs. Ce discours, certes transparent, a été contre-productif et n’a eu de cesse de mettre la pression sur les joueurs parisiens. Cette volonté proclamée haut et fort de soulever le trophée de la LDC a aussi suscité énormément d’attentes chez les supporters. Et ce n’est pas un hasard si le PSG a gagné la LDC l’année où il déclarait ne pas en faire un objectif prioritaire. Ce constat n’a sans doute pas échappé aux nouveaux propriétaires du Paris FC qui se sont bien gardés, à leur prise de pouvoir au club, d’annoncer des ambitions démesurées. Au contraire, leur discours était tout autre allant même jusqu’à faire preuve de fausse modestie voire d’un manque d’ambition. On se souvient aussi de l’arrivée de Franck Mcourt à Marseille et de Jacques-Henri Eyraud présentant fièrement son « Champion Project ». Fort de ces expériences, si je suis milliardaire et tout nouvel acquéreur d’un club alors mon ambition sera de proposer un projet global et non pas juste un titre ou une place en championnat.

Et pour faire ce projet global, il faut analyser les forces en présence à tous les étages du club.

Faire un audit des forces vives du club suite à son acquisition

Un dirigeant qui arrive dans un club doit définir un modèle qui passe par un audit des infrastructures (stade, terrain d’entraînement, centre de formation, nombre de joueurs sous contrat,etc…). Prenez l’exemple de Manchester United dont les nouveaux propriétaires ne prévoient même pas de rénover le stade d’Old Traffor pourtant vétuste au point de prendre l’eau de toutes parts dès qu’il pleut. A contrario, le PSG lui ces dernières années n’a pas investi dans de recrutements dispendieux mais dans un tout nouveau centre d’entraînement ultra moderne. Une fois définit le besoin en termes d’infrastructures, le nouveau dirigeant doit définir son effectif. Le projet est-il de miser sur la formation ? Des recrues extérieures mais si oui quels profils ? Des recrues à forte plus-value dans le futur ? Des recrues d’expérience ? Des anciens joueurs du club ? Là encore, la direction à prendre ne peut se faire sans un état des lieux et une prise en compte du contexte. Un club comme Marseille ne peut par exemple pas miser outre mesure sur la formation. Les spécificités marseillaises font que, en cas de succès ou de mauvais série, l’excès de passion est dommageable pour des joueurs non aguerris. Un club tel que Nice peut miser sur des jeunes du centre de formation encadrés par des joueurs présents au club depuis déjà 2 ou 3 ans et à cela faire l’effort sur une ou deux recrues prestigieuses. En tant que propriétaire milliardaire du club, je chercherai des recrues prestigieuses mais aptes à se fondre dans le collectif. Il faudrait éviter la star en fin de carrière ayant déjà tout donné et sans soif de titres tels Sergio Ramos au PSG. Le but serait de viser le joueur incontesté mais qui n’entre plus dans le projet de son club tel un Pirlo passant du Milan AC à la Juventus. Enfin, vous ajoutez à cela une ou deux valeurs sûres de la Ligue 1 et vous avez un effectif solide.

La stratégie de développement du club

Sur le plan sportif, le but est de se donner un premier cycle de 3 ans pour stabiliser le club dans les candidats au titre national et en Ligue des champions le but est de réussir à sortir des poules. L’effectif doit acquérir de l’expérience, se créer des automatismes, et se confronter à des matchs couperet.

Sur le plan économique, le club devra augmenter ses revenus par de nouveaux sponsors, une meilleure billetterie et une gestion de la masse salariale grâce à un salary cap. L’écueil à éviter est celui du PSG, au début de l’ère QSI, à surpayer des joueurs et à recruter lors d’un même mercato deux joueurs à 200 millions (Mbappe et Neymar).

Sur le plan de l’image, le but sera d’accroître la présence sur les réseaux sociaux et d’entretenir de bonnes relations avec la presse ou les supporters. Ici, les joueurs ne pourront pas refuser de saluer les tribunes de supporters à la fin des matchs. On se souvient des cas Messie et Neymar au PSG. Le club aura une fondation et participera régulièrement à des actions caritatives.

Sur le plan institutionnel, en tant que nouveau dirigeant de club de Ligue 1 il faudra se faire son réseau et s’insérer dans les instances dirigeantes. En ce sens, le travail de Naser Al-Khaelfi est remarquable, lui qui a pris le pouvoir en Ligue 1 et à l’UEFA.

Sur le plan des infrastructures, le club devra être à la pointe des équipements que cela soit le centre d’entraînement ou le stade. Tous les grands clubs disposent d’un stade ultra moderne pour générer de fortes recettes de billetterie et accueillir des événements autres que le football. C’est le cas du Real Madrid qui a rénové son stade pour 1,347 milliard d’euro ou du FC Barcelone qui a fait de même pour un coût estimé à 1,5 milliard. Le PSG s’entraîne lui dans un campus tout neuf à Poissy que la Qatar a financé entièrement pour 350 millions d’euros. C’est aussi cela qui permet d’attirer des grands joueurs et d’avoir des fans dans le monde entier.

Savoir s’entourer et être aligné sur une même vision

Le dernier challenge et non des moindres est de savoir s’entourer et de mettre les bonnes personnes aux bonnes places. Chaque composante du club doit partager la même vision : de l’entraîneur au personnel administratif aux intendants. Robert Louis Dreyfus à Marseille a changé régulièrement de dirigeant faute de trouver la personne ad-hoc pour diriger le club. Le PSG au Qatar a mis du temps avant de trouver la formule gagnante : Leonardo, Antero Henrique, Olivier Létang, Patrick Kluivert,etc…Si le PSG a gagné en 2005 c’est parce que tout le secteur sportif avait la même vision du projet. En tant que nouveau dirigeant de club, il ne faut donc pas forcément choisir le meilleur à chaque poste mais recruter des personnes qui sont sur la même longueur d’ondes et partagent les mêmes valeurs. On parle souvent de l’ego des joueurs mais les dirigeants aussi ont soif de reconnaissance et de pouvoir. Il est bon aussi de rappeler les exemples à ne pas suivre. On citera Kita qui nomma Pascal Praud directeur sportif à Nantes alors que celui-ci n’était pas du sérail mais venait du monde de la presse. Le cas de Rennes est aussi révélateur eux qui ont recruté un directeur sportif quasi inconnu en la personne de Frédéric Massara à l’été 2024 pour s’en séparer dès la fin de saison en mai 2025. Une erreur récurrente chez un nouveau président de club est aussi de prendre avec lui un ancien joueur pour se crédibiliser. Ainsi, à Marseille il a été nommé Basile Boli ambassadeur mais sans qu’on sache sa réelle fonction. Ne pas chercher des noms ronflants ni à plaire aux supporters mais prendre des personnes aux compétences reconnues et partageant une même vision. Voilà qui évitera bien des désillusions.

Le temps : meilleur allié d’un président de club

L’histoire du football offre un panel assez large de dirigeants de club aux profils bien différents. Des chefs d’entreprise tels Tapie à Marseille, Kita à Nantes, Pinault à Rennes, Arnault au Paris FC et Aulas à Lyon. Durant un temps, on a aussi eu des entreprises actionnaires avec Canal + au PSG, Sochaux à Nantes et M6 à Bordeaux. Puis, est venu la vague des fonds souverains à Manchester City avec Abu Dhabi et le Qatar au PSG. Qu’importe le profil des dirigeants la plupart se sont heurtés aux mêmes problèmes : erreur de casting dans le recrutement de joueurs, valse des entraîneurs ou directeur sportif, impatience des supporters, masse salariale qui ne cesse de croître, lutte de pouvoir au sein du club, etc…Quelque-soit votre profil de dirigeant vous aurez à souffrir des mêmes maux car le football est passion et laisse place à la déraison. Il est un des sports les plus populaires au monde et chaque week-end tout peut être remis en cause. Un hors-jeu sifflé à tort ou un penalty manqué à la dernière minute et le sol se dérobe sous vos pieds. La seule constante dans l’histoire du football est que les présidents à succès ont laissé du temps à leur équipe. Arteta a mis du temps à imposer ses idées mais on voit aujourd’hui que cela porte ses fruits. Luis Henrique a réussi au PSG car il n’avait pas le couperet de devoir gagner la Ligue des champions dès sa première année. Guardiola, tout Guardiola qu’il est, a dû s’y reprendre à plusieurs fois avant de gagner la LDC avec City. Le nouveau président de club devra donc s’armer de patience et laisser du temps à ses équipes pour réussir. Malheureusement dans le foot à la première bourrasque venue, on change de cap et le projet repart de zéro. Comme le disait Thierry Henry dans une citation parfois moquée « Le temps, c’est un truc, qu’on n’a pas. Même le temps n’a pas le temps pour le temps. Le temps ne s’arrête pas. Là, j’ai arrêté ma montre mais le temps continue. Le temps n’a pas le temps mais il faut du temps » Une vérité que l’ancien Gunner a appris à ses dépens à Monaco mais à laquelle bien des présidents de clubs devraient penser au moment de prendre des décisions.

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