Pourquoi le départ de Xabi Alonzo ne va rien arranger à la situation du Real Madrid ?

Si le timing est étonnant, la décision était prévisible. Xabi Alonzo vivait ses derniers matchs à Madrid tel un funambule dont la chute devait arriver inévitablement. Xabi Alonzo avait beau connaître la maison blanche, il ne pensait sans doute pas faire un mandat aussi court à la tête de son ancien club. Arrivé pour le mondial des clubs à Madrid fort d’une expérience réussie au Bayern Leverkusen, les attentes étaient grandes envers l’ancien milieu de terrain espagnol. Sa nomination à la tête de la Casa Blanca devait marquer une rupture avec le style d’Ancelotti. Huit mois après, la révolution promise n’a pas eu lieu et cet échec est difficilement imputable à Xabi Alonzo. La faute incombe plus sûrement à des dirigeants, au premier rang desquels Florentino Pérez, incapables de concevoir un projet sportif cohérent car davantage préoccupés par des considérations marketing et de business. Le départ de Xabi Alonzo n’arrangera donc rien à la situation actuelle et voici pourquoi le Real Madrid se dirige certainement vers une saison blanche. 

Les cadres du milieu de terrain (Kross-Casimero-Modric) jamais réellement remplacés

Le Real Madrid a fondé ses succès grâce à la BBC (Benzema-Bale-Cristiano Ronaldo)mais aussi un milieu de terrain extraordinaire composé de Kross-Modric-Casimero. Suite au départ de Modric au Milan AC lors du mercato estival, cette saison est la première sans aucun membre de ce trio légendaire. Les dirigeants madrilènes ont anticipé ces départs en misant sur des joueurs tels que Tchouameni, Camavinga et Valverde. Si Tchouaméni s’est imposé, Valverde a lui évolué tantôt milieu de terrain tantôt arrière droit sans devenir un réel titulaire. Pour ce qui est de Camavinga, son évolution laisse perplexe entre blessures et entrée en jeu guère convaincantes. Le milieu de terrain actuel du Real est de fait à des années lumières de celui des années dorées. Ce constat de déclassement dans le onze titulaire vaut aussi pour la défense avec l’absence de réel successeur à Marcelo et où son pendant côté droit, Carvajal, apparaît comme en fin de course. Trent Alexander-Arnold devait assurer la relève mais il semble avoir besoin d’un temps d’adaptation. Seul Antonio Rüdiger, malgré certaines controverses, semble avoir repris le flambeau de ses glorieux années au poste de défenseur central. 

Le casse tête tactique consécutif au recrutement de Kylian Mbappé

Benzema mieux que quiconque a analysé l’impact du recrutement de Mbappé sur le secteur offensif du Real Madrid. Dans une interview à L’Equipe le ballon d’or France Football 2022 a expliqué la situation inextricable dans laquelle se trouve l’attaque madrilène :  » Il manque simplement une vraie connexion entre Kylian Mbappé, Vinicius Jr, Jude Bellingham et Rodrygo. Chacun doit connaître son rôle sur le terrain. Bellingham est un milieu offensif, pas le buteur ; Mbappé est le buteur, pas le milieu offensif ; Vinicius n’est pas un milieu défensif, mais un ailier gauche. Quand chacun saura exactement ce qu’il doit faire, le problème sera résolu »  Le départ de Xabi Alonzo témoigne que le problème n’a pas été résolu…Comme le dit l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne » alors pourquoi diable avoir chamboulé le secteur offensif ? Mbappé représente l’archétype du recrutement bling-bling à la F. Pérez. Fidèle à son habitude, ce dernier a voulu recruter la star mondiale du moment sans réfléchir au véritable besoin de son équipe. Faire venir Mbappé quand vous avez déjà Vinicius c’est une aussi mauvaise idée que celle qui consistait à recruter David Bekcham quand vous avez déjà un Luis Figo. Non seulement Mbappé ne relevait pas d’une nécessité impérieuse, pire encore son arrivée oblige à repenser un secteur de jeu qui était jusqu’à présent performant. Au-delà de l’aspect sportif, son recrutement impose de réussir à faire cohabiter de nombreux ego en attaque.

Une guerre des égos inéluctable

Personne n’est à l’intérieur du groupe pour se hasarder à évoquer des tensions ou rivalités entre joueurs. Cependant, ce serait bien mal connaître le football et les footballeurs pour penser qu’un tel panel de stars n’aboutira pas à un panier de crabes en cas de mauvais résultats. La complicité entre Vinicius, Mbappé et Belingham ne saute pas aux yeux et leur association s’apparente plus à un choc des divas qu’autre chose. Le milieu anglais peine à retrouver son niveau de la saison dernière et a perdu ses opportunités de but. Rodrygo peut lui s’estimer lésé d’être soudainement relégué sur le banc. De son côté Endrick a préféré prendre la poudre d’escampette pour aller chercher du temps de jeu à Lyon. Dans une époque où le football est vu à travers le prisme des highlights et de statistiques, il est audacieux de vouloir faire cohabiter autant de stars. Tout footballeur a de l’ego car sans cela impossible d’accéder au haut niveau mais c’est un paramètre à prendre avec précaution dans la constitution d’un effectif. Et Florentino Pérez n’a jamais été vigilant sur ce point trop obnubilé par ses rêves de grandeur où l’on compile les stars pour leur image plus que pour leur apport sportif. La leçon de la période des Galactiques ne semble toujours pas avoir été comprise….

Un coach isolé et sans soutien de ses dirigeants

Xavi Alonzo avait-il bien pesé le pour et le contre avant de signer à Madrid ? Avait-il eu des garanties quant au recrutement ? Si à ses débuts, il a voulu imposé un souffle nouveau très vite il a semblé subir la situation. De tâtonnement tactiques en changements incessants de onze de départ, la confiance entre le coach et ses joueurs s’est étiolée. La gestion du cas Vinicius étant emblématique d’un management qui mène à une impasse. Outre le cas de la star brésilienne, la mise au placard de XXX après un mondial des clubs tonitruant a pu interloqué au sein du club. Idem pour Ardan Güler en pleine éclosion sur le début de saison puis freiné dans son élan ensuite sans véritable raison. Le style de Xabi Alonzo était compatible avec Madrid comme il l’avait été en Allemagne ? On ne le saura jamais faute de lui avoir laissé le temps d’imposer ses idées. ce qui est sûr c’est que le soutien de ses dirigeants n’a jamais été flagrant. C’est une constance chez Florentino Pérez que de laisser son coach perdre la face devant son groupe plutôt que de l’aider à asseoir son autorité. La présidence de cumulée de F. Pérez est remplie de cimetière de coach ayant fait long feu au club : J. Camacho, W. Luxembourgo, J. Lopetegui et aujourd’hui Xabi Alonzo. Souhaitons un meilleur destin à Alvaro Arbeloa….

 Pour ce rassurer, le nouvel entraîneur du Real Madrid peut se dire que le dernier coach à être monté de la Castilla à l’équipe première est un certain Zinédine Zidane. Pourtant, cette fois-ci difficile d’imaginer le Real à l’assaut des trophées majeurs cette saison. Sur le plan comptable, la situation est loin d’être affolante ; deuxième en Liga à 4 points du leader le FC Barcelone et 7e en Ligue des champions. Mais entre des joueurs omnipotents et des dirigeants absorbés par des luttes de pouvoir interne, Alvaro Arbeloa aura fort à faire pour réussir. C’est tout le mal qu’on lui souhaite…sans trop y croire.

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