
18 mai 2013, après quatre mois au PSG David Beckham dispute le dernier match de sa carrière au Parc des Princes face à Brest. À 38 ans et une carrière bien remplie le joueur a décidé de raccrocher les crampons. Le moment fatidique arrive à la 80e minute, cela fait déjà cinq minute que David Beckham sait qu’il va être remplacé. Le joueur est en larmes, une page de sa vie se tourne mais aussi une du football mondial. Ses coéquipiers ne s’y trompent pas et viennent le saluer un par un. Le stade est debout pour acclamer le milieu de terrain anglais et ses adversaires du jour l’applaudissent également. Beckham cède son brassard de capitaine à Christophe Jallet, lève les bras pour remercier le public parisien une dernière fous et cède sa place à Lavezzi. L’émotion est à la hauteur du bonheur procuré par le joueur durant toute sa carrière. Voire la fin de la carrière de David Beckham c’est dire adieu aux transversales millimétrées de plus de 40 mètres et aux coups francs brossés à la trajectoire défiant l’apesanteur. Ce pied droit magique a fait rêver tous les fans de foot du monde entier et a permis à Beckham de porter les maillots des deux plus grands clubs du monde (Manchester United et le Real Madrid). Et pourtant malgré tout ce qu’a accompli David Beckham certains peinent à le reconnaître comme un joueur de légende à part entière. On va ici vous démontrer en quoi David Beckham doit être considéré comme tel.
Manchester United là où David Beckham a construit sa légende
En 1996, David Beckham entame sa première saison comme titulaire à Manchester United. Là ou certains joueurs ont besoin d’un temps adaptation pour se hisser au haut niveau, lui va tout de suite répondre aux attentes placées en lui. Il est un des principaux contributeurs du doublé coupe championnat avec 35 matchs joués en Premier League pour 7 buts. En FA Cup, il se distingue en inscrivant le but de la victoire en demi-finale contre Chelsea et en tirant le corner victorieux pour Eric Cantona contre Liverpool. Le football est plein de révélations au début de carrière spectaculaire mais qui ne sont jamais parvenus à confirmer. Or, il n’en est rien avec Beckham qui confirme ce début de carrière sensationnel en devenant une pièce maîtresse du Manchester United d’Alex Fergusson. Certains détracteurs pourront dire que Beckham était entouré de joueurs d’expérience tel un Eric Cantona. Certes, mais il ne faut pas minimiser l’exploit d’être un cadre de Manchester United à seulement 20 ans. En 1997, David Beckham réitère sa performance de l’année précédente, il contribue grandement au titre renouvelé en Premier League avec 46 matchs joués et 9 buts. Si la saison 1997/1998 sera plus compliqué suite à des blessures dans l’effectif de MU, David Beckham se rattrapera avec le triplé Ligue des champions, Premier League et FA Cup de 1999. C’est lui qui tirera les deux corners victorieux dans les arrêts de jeu de la finale de Ligue des Champions face à Munich. Après un tel triomphe, le joueur lambda en resterait là déjà rassasié d’une telle moisons de titre. David Beckham va lui rester au même niveau de performances et même mettre la barre encore plus haut. Ainsi, lors de la saison 2001-2002 il inscrira en championnat pas moins de 16 buts. Au-delà des buts et des titres remportés dans ces années-là, ce qui laisse un souvenir indélébile de David Beckham c’est son jeu fait de transversales et de centres parfois sans élan mais toujours dans le bon tempo. Il était sur son côté droit le pendant idéal de Ryan Giggs qui était lui côté gauche. Au centre du milieu, la paire Paul Scholes et Roy Keane était le parfait complément à ces deux joueurs. Pour vous en convaincre, allez admirer les compilations de passes décisives ou de transversales de David Beckham sur Yotube. Vous verrez les caviars offerts à Andy Cole, qui lui doit nombre de ses buts, et il en sera de même avec son successeur Ruud Van Nistelroy. David Beckham avait un pied droit magique mais aussi une vision du jeu hors-norme pour trouver avec tant de facilité ses attaquants. Rien qu’avec la période de Manchester United, David Beckham peut postuler à être une légende du football. Ceci-dit, on ne devient pas un monstre sacré dans un sport sans un mental d’acier.
Un mental d’acier face à une pression incommensurable
Le sportif de haut niveau est parfois vu comme un simple athlète dont la vie est facile et qui pourrait performer sans le moindre effort ni sacrifices. Or, dans le cas de David Beckham il faut avoir en tête l’adversité à laquelle il a dû faire face pour réussir. Cela commença très tôt en 1995 lorsque Alex Ferguson décida de le prêter à Preston North non loin de Manchester. Le jeune prodige avait beau avoir fait un premier match et un premier but en C1 face à Galatassaray, Fergie préféra envoyer le joueur s’endurcir en troisième division. Là où un jeune à l’aube de sa carrière aurait pu s’effondrer David s’intégra parfaitement à l’effectif et aligna deux buts en cinq matchs. Le joueur revint à MU aguerri et prêt à briller en Premier League. Une carrière est ainsi faite qu’un obstacle en remplace un autre et quelques années après Beckham a dû affronter un deuxième moment de vérité. La scène se situe en 1998 en France en huitième de finale de coupe du monde. L’Angleterre affronte l’Argentine dans un match serré dont les supporters anglais espèrent que Beckham fera la différence. Le destin en décide autrement et le milieu de terrain de MU se fera expulser suite à un coup de pied sur Diego Simeone. Celui qui était la star du pays devient le traître à la patrie. Le public aime brûler les idoles qu’il encensait précédemment et va le prouver une fois encore. David Beckham va prendre de plein fouet une vague de haine et deviendra le bouc-émissaire de cette élimination. Dans l’histoire du football, le seul équivalent serait éventuellement le cas David Ginola en 1993 face à la Bulgarie*. Quoi qu’il en soit, il fallait du caractère pour rebondir après un tel événement. Beckham le fera sur le plan collectif comme on l’a vu avec le triplé de 1999 grâce à Manchester United. Cependant, avec la sélection nationale il faudra attendre 2001 et le coup franc de la rédemption pour oublier définitivement cette expulsion. Nous sommes alors dans les éliminations pour le mondial 2002 et l’Angleterre est mené 2-1 face à la Grèce. Le coup franc de la dernière chance arrive à la 93e minute. Si Beckham marque alors l’Angleterre égalise et se qualifie pour le mondial. Le joueur repense-t-il à ce triste épisode de 1998 lorsqu’il entame sa course d’élan ? En tout cas, Beckham ne laisse rien transparaître et fait comme à son habitude. La balle est délicatement posée au sol, le regard est déterminé, la course d’élan est fluide et l’équilibre parfait. La magie de Beckham va encore de frapper, son coup franc enroulé fait trembler les filets du portier grecque. Le stade peut exulter et pousser un ouf de soulagement. L’Angleterre ira à la coupe du monde et le doit en grande partie à celui qu’elle a tant honni pour son expulsion en 1998. Beckham est désormais réconcilié avec son pays. Cependant, il quittera tout de même l’Angleterre deux ans plus tard en 2003 suite à un conflit avec Alex Ferguson. En dépit des succès de Manchester United, les liens entre Beckham et Ferguson vont se distendre au fil des ans. La trajectoire de vie prise par le numéro 7 anglais, depuis son mariage avec la spice girl Victoria, déplaît au coach irlandais. Ce dernier reproche au joueur de se désintéresser du terrain et le fossé se creusant entre les deux ce qui devait arriver arriva. La dispute de trop se déroula dans le vestiaire de Old Trafford. L’anecdote est connue : suite à une défaite face à Arsenal Fergie se mit dans une colère noire et lança involontairement une chaussure dans l’arcade sourcilière de Beckham. Le joueur s’en tira avec deux points de suture. Suite à cet incident de février 2003, Beckham finira tout de même la saison avec 11 buts et le titre de Premier League en poche. Mais l’irréparable avait été commis et cela sonna le glas de la carrière de Beckham à MU. Le joueur signa au Real Madrid et entama une nouvelle page de sa carrière.
Une longévité qui inspire le respect malgré deux graves blessures
Beckham aura donc porté les maillots des deux plus prestigieux clubs au monde pour près de 394 matchs avec Manchester United et 159 avec le Real Madrid. Ce n’est pas rien que d’avoir évolué à si haut niveau avec une telle régularité et d’avoir pu ensuite enchaîner sur une autre expérience aux Etats-Unis avec les Los Angeles. Cela témoigne d’une véritable passion pour son sport mais aussi d’un physique et d’un mental à toute épreuve. Seul un joueur de légende peut faire valoir une telle longévité dans sa carrière. Cette capacité à s’exprimer au plus haut niveau a pourtant été mise à mal par deux blessures graves. La première survient lorsqu’il était encore à Manchester United et fit l’objet d’une quasi-affaire d’État entre l’Angleterre et l’Argentine. Les faits se déroulent un soir de Ligue des Champions entre Manchester United et le Deportivo La Corogne. Suite à un tacle du joueur argentin Aldo Duscher, Beckham sort sur civière à la 16e minute. Le joueur est en larmes et comprend que sa participation au mondial 2002 est compromise. Beckham devra entamer une course contre la montre pour se remettre d’une fracture du second os du métatarse de son pied gauche. Le pays entier est suspendu à son rétablissement tandis que les tabloïds ne se privent pas de polémiquer sur l’intentionnalité du tacle de Duscher. Beckham sans rancune viendra éteindre la tourmente médiatique en acceptant les excuses de son bourreau. Il parviendra à se rétablir pour la coupe du monde 2002 où l’Angleterre échouera en demi-finale face au futur vainqueur, le Brésil*. Pour Beckham, c’est tout de même une victoire d’avoir pu participer à cette compétition. Si les années suivantes, Beckham continua à faire des saisons pleines et fut épargné par les blessures le mauvais sort le frappa de nouveau en 2010. Le joueur est alors prêté au Milan AC par le Galaxy de Los Angeles pendant la trêve de la Major League Soccer (MLS). Ce prêt est une réussite avec un David Beckham qui s’intègre parfaitement à l’effectif milanais. Cette parenthèse milanaise prend malheureusement fin un dimanche de mars 2010 contre le Chievo Vérone. L’action est pourtant anodine. Le joueur réceptionne le ballon dans le rond central, contrôle du pied gauche pour se mettre face au jeu puis lève la tête pour préparer sa passe. Mais à la reprise d’appui de son pied gauche, le joueur grimace et demande son remplacement tout en sautillant sur son pied droit. Il quittera le terrain sur une civière et une fois encore cette blessure intervient à quelques mois d’une coupe du monde. Le miracle de 2002 ne se reproduira pas en 2010 et Beckham ne pourra pas être de cet événement planétaire qui aurait été sa dernière coupe du monde. Il aura tout de même porté à 115 reprises le maillot Trois Lions. Ce rêve brisé d’un dernier frisson avec son équipe nationale n’empêchera pas Beckham de continuer sa carrière en club jusqu’en 2013 une fois remis de sa blessure.
Un des plus beaux palmarès du football anglais
Grâce à cette longévité, malgré deux graves blessures, David Beckham s’est constitué un des plus beaux palmarès du football anglais et même mondial. On l’a vu ses principaux titres sont avec MU : 6 titres de champions d’Angleterre, une ligue des champions, une coupe intercontinentale et deux fois vainqueur de la coupe d’Angleterre. Mais Beckham a gagné dans chacun de ses clubs : une liga avec Madrid lors de sa dernière saison, deux fois champion d’Etats-Unis avec le Los Angles Galaxy sans oublier son titre de champion de Ligue 1 avec le PSG. Beckham s’est aussi le premier joueur anglais à marquer dans trois Coupes du monde différentes. Enfin, il loupa de peu le ballon d’or en 1999 que s’adjugea Rivaldo mais sera élu meilleur joueur européen cette année-là. Qui d’autre qu’un joueur de légende peut se targuer d’avoir un tel palmarès ?
Des buts de légende pour un style inimitable du pied droit
A chaque légende est associé un but extraordinaire. Ronaldinho a son coup-franc face à l’Angleterre en 2002, Ronaldo son but avec Barcelone contre Compostelle, Zidane sa reprise de volée du gauche contre Leverkusen et Ronaldo du Portugal son retourné acrobatique contre la Juventus. Pour Beckham, il vient en tête son but contre le Real Madrid en 2000. Il reçoit la balle côté droit, contrôle puis double contact pour effacer Roberto Carlos. Beckham se retrouve alors dans la surface de réparation de là il fixe son défenseur, déborde côté droit et déclenche une frappe du droit dans la lucarne gauche. Avec la sélection nationale, son but iconique reste le coup-franc face à la Grèce qui qualifia les Trois-Lions pour la coupe du monde 2002. Mais si on devait retenir un but de Beckham cela serait plus certainement celui inscrit le 17 août 1996 en déplacement avec MU face au Wimbledon FC. A la 90e minute, l’équipe locale est menée 2-0 et jette ses dernières forces dans la bataille. L’attaquant de Wimbledon tergiverse et perd le ballon. La balle est récupérée par MU et c‘est Beckham qui se retrouve au centre du terrain, balle au pied juste, avant la ligne médiane. Et là le génie va parler : sans véritable option Beckham s’élance avec deux trois pas d’élan et tente à la surprise générale un tir de 54 mètres. Le ballon s’envole vers le ciel, le gardien adverse trop avancé commence à reculer à toute vitesse mais rien n’y fait la balle vient se loger sous la transversale. Le tir est parfait, le geste limpide et la facilité dans l’exécution déconcertante. Ce but résume tout ce qui fait la légende de David Beckham : une précision hors-pair, un équilibre parfait à la frappe et cette gestuelle inimitable dans la course d’élan et l’élasticité de sa cheville gauche. Le but est aussi mythique car ce jour-là Beckham portait le numéro 10 ô combien iconique dans le football. Beckham a marqué des buts qu’aucun autre joueur aurait pu mettre ce qui contribue à faire de lui une légende.
Un échec au Real Madrid difficilement imputable à sa personne
Les détracteurs viendront sûrement chercher une faille à sa carrière en club dans sa période au Real Madrid. Il est vrai que hormis la dernière année en 2007 Beckham n’a rien gagné sous la tunique blanche. Est-il responsable de cet échec ? Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que cette équipe était déséquilibrée et que c’est le départ de Claude Makélélé qui en a précipité sa chute. Ces performances sous le maillot madrilène étaient-elles moins bonnes ? Le fait est que Beckham ne jouait pas à son poste puisque Luis Figo occupait déjà le côté droit du milieu de terrain. Le Beckham du Real Madrid était différent de celui de MU mais même utilisé à contre-emploi il y a montré l’étendu de son talent.
L’absence de titre avec l’équipe nationale malgré une génération dorée
L’équipe d’Angleterre des années 1998 à 2006 aura laissé bien des regrets à ses supporters. Il suffit de se souvenir des joueurs que possédait l’Angleterre à cette époque pour s’étonner de l’absence de titres. Au milieu de terrain, vous aviez Steven Gerrard, Franck Lampard, Paul Scholes et David Beckham. En attaque, Alan Shearer et Mickael Owen puis Wayne Rooney. La défense était tout aussi prestigieuse avec du Ashley Cole ou Sol Campbell. Alors pourquoi Beckham n’a-t-il pas réussi à faire triompher cette équipe ? Les pourfendeurs du numéro 7 anglais diront qu’il a été exclu en 1998 mais l’échec de l’Anglettre à décrocher un titre a des raisons bien plus profondes. Il leur a sans doute manqué un gardien de haut niveau après le départ de David Seaman. Son successeur David James n’avait pas hérité du sobriquet de calamity James pour rien…Le cas Beckham qui n’a jamais connu de titre majeur avec son équipe nationale est loin d’être isolé. On citera ici les cas similaires tels que Denis Bergkamp avec la Hollande, Paolo Maldini avec l’Italie, Rui Costa avec le Portugal ou Modric avec la Croatie.
Rares sont les joueurs qui en un geste peuvent faire soulever des foules. Zidane par un contrôle de balle donnait le sourire à tout un stade. Ronaldo par un passement de jambes faisait trembler les défenses adverses. Beckham lui par un centre donnait l’espoir de voir un but et pouvait éblouir les fans du monde entier par une transversale. Au-delà des titres, des buts et des victoires, une légende se construit par sa capacité à faire rêver le public balle au pied. Et la magie avec laquelle David Beckham frappait ses coup-francs et transversale est éternelle. Voilà qui je l’espère vous aura convaincu de mettre Beckham dans votre panthéon des légendes de ce sport.
Et vous considérez-vous Beckham comme un grand joueur ? Dites-nous tout dans les commentaires.