Michel Platini : meilleur joueur français du siècle

 

Crédit Photo – Icon Sport

 

Certains découvrent l’histoire d’un joueur de football grâce à leur père racontant les exploits de la vedette de l’époque. Pour d’autres, le coup de cœur viendra en allant au stade, tel Zidane tombant sous le charme de Enzo Francescoli, qui régalait le public du Vélodrome de ses dribbles chaloupés. Pour ma part, c’est en regardant les matchs à la télévision que je suis tombé en fascination pour la technique de Zidane. Je n’avais jamais assez de ralentis pour admirer ses contrôles porte-manteau ou ses roulettes digne d’un tour de magie jusque là encore inconnu. Et pourtant, je me souviens de ce joueur dont me parlait mes cousins et qui avait précédemment porté le mythique numéro dix de l’équipe de France. Ce joueur triple ballon d’or, trois fois meilleur buteur de série A et dont les coups francs avaient fait vibrer les spectateurs du monde entier. Ce joueur vous l’avez reconnu c’est Michel Platini. Or, je dois être honnête avec le lecteur et reconnaître que je l’ai découvert sur le tard, faute d’avoir été trop jeune pour le voir jouer durant sa carrière. Mais en décembre 2000, France Football décida d’élire le joueur français du siècle et ce fut Michel Platini qui gagna le trophée. Grâce à ce numéro exceptionnel et à l’interview fleuve que Platini accorda au bi-hebdomadaire, je pus mesurer l’empreinte de géant laissée par ce joueur sur le football français. Après lecture de ce numéro, j’allai sur Youtube voir les compilations de ses plus beaux buts et m’essaya sur le terrain à des coups franc brossé digne de celui qui était devenu une de mes idoles. Dans cette rubrique sur mes légendes du football, je me devais donc de vous dire pourquoi Platini fait partie des GOAT de ce sport.

Une carrière maîtrisé de bout en bout pour un des plus beaux palmarès du foot français
On ne peut pas être une légende sans s’inscrire durablement dans l’histoire d’un club. Platini c’est seulement trois clubs dans sa carrière et des titres avec chacun d’eux. Le début de son histoire aurait pu s’écrire au FC Metz mais le club doute de ses capacités physiques. Le joueur échoue au test respiratoire du spiromètre et se voit diagnostiquer une insuffisance respiratoire. Et voilà comment passer à côté du joueur du siècle…Qu’importe le destin voulait que Platini commence sa carrière à Nancy. Platini y débute en 1972 et très vite arrive son premier fait d’arme : il est le principal artisan de la remontée du club en division 1 avec 30 buts en 40 matchs toutes compétitions confondues. Il décroche à Nancy ses premiers trophées en étant champion de deuxième division en 1975 et vainqueur de la coupe de France en 1978. Platini a vingt-deux ans et devient une des premières stars du football décrochant pléthore de contrats publicitaires. C’est aussi à Nancy qu’il construira son art du coup franc s’exerçant après les entraînements auprès du gardien Jean-Michel Moutier. Un coéquipier qui deviendra un ami comme bon nombre des joueurs de l’effectif de Nancy. Après sept années sous le maillot Nancéen, la ville de l’Est de la France devient trop petite pour sa nouvelle stature et il lui faut trouver un nouveau défi. A l’époque quelle équipe pour accueillir la figure de proue du football français ? On est encore loin de l’arrêt Bosman et si l’Inter Milan s’était un temps montré intéressée, elle a désormais atteint son quota de joueurs étrangers. En France, les équipes susceptibles de lui faire franchir un palier sont Marseille, Nantes et Saint-Etienne. Là encore, il faut se rappeler le contexte des années 1970. En ce temps-là, la France va devenir verte suite à l’épopée européenne des Verts avec en point d’orgue la finale de 1976. C’est donc vers Saint-Etienne que Michel Platini va se tourner pour la deuxième étape de sa carrière. En faisant ce choix, le meneur de jeu passe d’un club familial à un environnement plus feutrée où règne un impératif de résultat. La transition ne se fait pas sans peine mais passé cette phase d’adaptation Platini retrouve son rythme de croisière : 21 buts en 1980, 24 en 1981 et 22 en 1982 pour sa dernière saison dans le Forez. En terme de palmarès, la moisson est moins prolifique avec un seul titre de champion en 1981 et deux finales perdues de Coupe de France. Mais au cours de ses trois ans, Platini a grandi sur le plan humain en étant désormais père et professionnellement le joueur est devenu capitaine de l’équipe de France. C’est fort de cette expérience qu’il peut prendre son envol vers l’étranger en signant à la Juventus Turin. En Italie, il connaîtra la gloire et atteindra son « prime » footballistique. Tout comme lors de son arrivée à Saint-Etienne, il aura besoin d’un léger temps d’adaptation mais très vite il donnera la pleine mesure de son talent. Son parcours à la Juventus est un véritable récital : trois fois meilleur buteur du Calcio et trois fois ballons d’or consécutifs entre 1983 et 1985. Michel Platini est sur le toit du monde et la Juventus en profite pour gagner la série A en 1984 et 1986. La  ligue des champions s’offrira à lui qu’en 1985 mais le souvenir en reste brisé par le drame du Heysel. Si la carrière en club est quasi parfaite et n’a fait aller que crescendo son pendant avec la sélection est tout aussi impressionnant.

Euro 1984 : l’exploit transcendantal signé Michel Platini
Un grand joueur doit forcément avoir son heure de gloire avec son équipe nationale. Il en est ainsi de Maradona en 1986 ou Zidane en 1998 et Ronaldo en 2002. Si Platini n’a pas gagné de Coupe du monde, il peut se targuer d’avoir livré un véritable chef d’oeuvre lors de l’Euro 1984 à domicile. Sa performance est éblouissante : 9 buts dont un par match avec deux coups francs, un penalty, deux buts du droits, deux autres du gauche et deux de la tête. Comment être plus complet ? A chaque fois, des buts décisifs tel celui en prolongation contre le Portugal ou celui en finale qui détruisit la réputation d’Arconada. Son titre de meilleur buteur de l’Euro n’a toujours pas été battu et on voit mal qui pourrait bien le faire tomber. Dans tout autre compétition, on n’a jamais vu un buteur aussi complet. Ce premier triomphe de l’équipe de France, porté par Michel Platini, a ouvert la voix au générations futures. La légende de Michel Platini s’est aussi construite dans la douleur un soir de juillet 1982 à Séville. Ce soir-là a eu lieu le match le plus fort en émotion de l’histoire de l’équipe de France. Il y a tout eu : le sentiment d’injustice suite à l’attentat de Schumacher sur Battiston, l’espoir de la victoire suite aux deux buts d’avance obtenu par Giresse et Trésor en prolongation, puis la remontada des allemands avec pour finir la cruelle désillusion des tirs aux buts (3-3, 5 t.a.b à 4). C’est encore l’Allemagne en demi-finale qui viendra briser le rêve du titre mondial en 1986. La France avait pourtant livré un match héroïque en quarts face au Brésil à Guadalajara. Michel Platini y avait loupé un penalty dans la séance des tirs au but. Un loupé sans conséquence mais qui traduisait une compétition qu’il ne pouvait jouer à 100% physiquement à cause d’une blessure. Le destin est ainsi fait que la bande à Hidalgo n’aura pas décroché le titre mondial. Pour la beauté du football, on aurait pourtant aimé voir Platini soulever le trophée Jules Rimet…

Platini arrêtera sa carrière à 32 ans au sommet de son art, désireux de laisser intacte le souvenir du grand joueur qu’il était. Il aura été un précurseur du football français en étant le premier français à s’imposer à l’étranger et le premier à soulever un titre majeur avec l’équipe nationale.  

 

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